GR 20

180 km à travers la montagne corse

Itinéraire GR 20 Corse

Jeudi 30 août 2018

Demain finit toujours par arriver…

En janvier dernier, j’étais incapable de rester debout à cause de la douleur. Terrassé par une épine calcanéenne sous le talon droit, une sorte d’excroissance osseuse due à une forte inflammation. J’ai mis plusieurs semaines avant de pouvoir me déplacer et des mois avant de marcher à peu près normalement. Ondes de choc, cryothérapie, physiothérapie : grâce à de longues séances de kiné, j’ai pu reprendre progressivement l’entraînement… La méditation et le yoga m’ont permis de tenir sur le plan mental.

Ce soir, je suis à Calenzana, en Haute-Corse, et tous les efforts réalisés depuis sept mois me reviennent en mémoire. Je ne sais pas encore combien de jours je pourrai marcher, mais être là est déjà un bonheur… Demain, je pars sur le GR 20 !

Calenzana

Vendredi 31 août 2018

1ère étape : Calenzana – Ortu di u Piobbu (4 h de marche, 12,6 km et 1 360 m de D+) 

C’est parti !

Devant moi, 180 kilomètres et 11 000 mètres de dénivelé positif…. Pas question de forcer, pas maintenant. Alors je vais essayer de marcher sur le GR 20 en mode contemplatif. Tranquille. Davantage à la manière d’un Sylvain Tesson (l’auteur des Chemins Noirs) que d’un François D’Haene (en 2016, il a effectué le parcours en 31 h 06). Je ne sais pas encore combien de jours je pourrai marcher. Sans doute ne pourrai-je pas aller jusqu’au bout. J’ignore si mon inflammation va se réveiller ou non. Mais rien que l‘idée de passer deux semaines dans la montagne corse et loin des bruits du monde, me ravit. Face à l’hôtel Bel-Horizon de Calenzana, un sentier muletier grimpe au dessus du village. Je suis seul, mais je suis bien.

À noter : depuis 2021, le record du GR 20 est détenu par Lambert Santelli en 30 h 25 !

Départ GR 20 Jean-Louis Boudart
Départ de Calenzana
Marque GR 20

L’entraînement suivi depuis des mois s’avère payant. Je rejoins rapidement plusieurs groupes de marcheurs et je les dépasse sans difficulté. J’arrive bientôt au col de Bocca à u Saltu, le premier col du GR 20 depuis mon départ de Calenzana. Situé à 1 250 mètres d’altitude, ce col offre une jolie vue sur Calvi et sur le Capu Ghievu, malgré un temps couvert. Je n’ai finalement mis que 4 h 00 pour rejoindre le refuge d’Ortu di U Piobbo au lieu des 6 h 30 prévues dans le topo-guide. L’étape du jour est déjà terminée. J’aurais volontiers continué. Mais la sagesse me conseille d’arrêter là. Je sors de blessure, ce n’est que le début de l’aventure et j’aimerais bien aller au bout ! 

Samedi 1er septembre 2018

2ème étape : Ortu di u Piobbu – Carrozzu (4 h de marche, 7,6 km et 780 m de D+) 

Ce matin, le soleil inonde à nouveau la  Corse. L’étape du jour doit me mener d’Ortu i U Piobbo au refuge de Carrozzu. Tout au long de cette belle journée de septembre, j’évolue en pleine montagne à plus de 1 500 mètres d’altitude. Cette deuxième étape est plutôt sportive avec de jolies montées et quelques descentes assez techniques. Finalement, je mets 4 h 00 pour effectuer un parcours prévu en 7 h 00. Et sans forcer outre mesure. J’aime avancer à mon rythme, d’un pas souple et rapide. Sur le chemin, je n’ai personne à attendre et personne ne m’attend. Éloge de la solitude. Les jambes vont bien, le coeur aussi. Et pour l’instant, le talon ne me fait pas souffrir. J’espère que cela va durer encore un peu…

À travers la montagne corse

Dimanche 2 septembre 2018

3ème étape : Carrozzu – Ascu Stagnu (4 h de marche, 5 km et 790 m de D+) 

Après deux jours de marche, je ne suis plus seul. Au fil des soirées passées en refuge, un petit groupe s’est déjà formé. Et je marche désormais avec Alex, Hugo et François, avec Élodie et Margot. Les uns après les autres, prudemment, nous franchissons la passerelle suspendue de Spasimata, point de passage obligatoire sur le GR 20 pour traverser le cours d’eau à l’entrée des gorges de la Muvrella. 

Au fil des étapes, le GR 20 ressemble à une sorte de colonie de vacances itinérante. Nous partons ensemble le matin et nous nous retrouvons le soir au refuge. Notre ancienne vie semble déjà loin de nous, tant nous sommes absorbés par la beauté des lieux que nous traversons. La roche abrupte et sauvage du relief corse est superbe. Et les sentiers sont raides. Il faut nous aider des mains pour progresser. C’est physique. Surtout avec un sac de 10 kg sur le dos. Mais malgré les difficultés du parcours et le relief escarpé, souvent technique, nous obligeant à grimper ou à descendre des pentes vertigineuses avec précaution, notre petit groupe progresse bien. Nous avons peu à peu trouvé notre rythme. Ni trop rapide, ni trop lent. 

Et lorsque nous parvenons enfin au refuge d’Ascu Stagnu, la pluie se met à tomber. La chance est avec nous !

Passerelle de Spasimata
passerelle de Spasimata
Marcheuses GR 20

Lundi 3 septembre 2018

4ème étape : Ascu Stagnu – Tighjettu (6h00 de marche, 11 km et 1 360 m de D+) 

Départ à 7h00 ce matin avec notre petit groupe de marcheurs. Nous suivons un joli sentier qui serpente entre les pins laricio et grimpons rapidement dans un chaos de roches où subsistent quelques névés. La pente devient de plus en plus raide, mais nous avançons à un bon rythme et je n’ai pas mal au talon. Serais-je définitivement guéri ? Avec Alex et Hugo, nous dépassons beaucoup de randonneurs qui n’arrivent pas à nous suivre et nous montons ainsi jusqu’à la pointe des Éboulis à 2 587 mètres d’altitude. Le soleil nous fait du bien. La vue est splendide et comme la météo est favorable, nous découvrons le cap Corse, Saint-Florent, la baie de Calvi et les calanques de Piana. 

En montant à la pointe des Éboulis
Jean-Louis Boudart GR 20
Jean-Louis Boudart
Sur le GR 20

Et comme la météo nous sourit, nous décidons d’aller encore un peu plus haut et de grimper au sommet du Monte Cinto, point culminant de l’Île de Beauté (2 706 m). Situé hors GR, le balisage du sommet marqué de points rouges n’est pas toujours évident à trouver et l’on peut facilement s’égarer en chemin. Arrivé en haut, pas de vent et une vue sublime. Mais ensuite, la descente vers le refuge de Tighjettu est longue, très longue… 

Monte Cinto
En descendant du Monte Cinto
En descendant du Monte Cinto

Lorsque nous arrivons enfin au refuge de Tighjettu et après une pause salutaire, mes nouveaux amis continuent leur route vers les bergeries d’u Vallone. Après ma blessure au talon, je préfère pour ma part rester prudent et de passer la nuit ici. Nous nous disons au-revoir en ne sachant pas si nous allons nous retrouver sur le chemin. L’existence est ainsi faite de rencontres et de séparations. C’est la loi de la route. 

Mardi 4 septembre 2018

5ème étape : Tighjettu – Ciottulu di i Mori (3 h de marche, 6,5 km et 650 m de D+) 

Finalement, j’aurais pû continuer l’étape d’hier avec mes nouveaux amis. J’ai retrouvé la forme physique et je ne souffre plus du talon. Parti à 9h00 du refuge de Thighjettu après une bonne nuit de sommeil, je parviens au refuge de Ciottulu di i Mori  à midi ! Une petite étape de trois heures sur un joli sentier qui serpente au milieu des pins laricio qui se dressent au milieu des fougères. Après plusieurs jours passés dans la roche et les cailloux, c’est agréable de retrouver un peu de verdure. Malheureusement, je ne peux faire aucune photo car je n’ai plus de batterie. Il n’est pas toujours possible de recharger ses appareils dans les refuges. 

Au cours de l’après-midi, je verrai arriver les randonneurs les uns après les autres. En plus au moins bonne forme. Les premières étapes du GR 20, engagées et physiques, ont fait leurs premières victimes, contraignant certains à abandonner : déchirure musculaire, entorse du genou et de la cheville, déhydratation. L’état de certaines chaussures donnent une idée de la difficulté du parcours. 

Chaussures GR 20

Mercredi 5 septembre 2018

6ème étape : Ciottulu di i Mori – Manganu (7h00 de marche, 24 km et 640 m de D+) 

Départ à 7h00 ce matin dans un paysage de landes qui m’a rappelé les Highlands d’Écosse. Je marche seul et je suis bien. La journée s’annonce belle. La lumière est magnifique. Le soleil éclaire les cîmes, tandis que le sentier grimpe en pente douce dans la forêt. Il fait grand soleil et la Corse embaume. Je marche à vive allure, mon corps fonctionne parfaitement et j’en suis heureux. Mais la marche d’aujourd’hui est longue, mon rythme ralentit peu à peu et j’arrive fatigué au refuge de Manganu. Fatigué et affamé. Bien que l’heure du déjeuner soit largement dépassée, Jean-Baptiste le gardien du refuge me propose un omelette à l’oignon et du fromage corse. Et même une douche chaude ! Que rêver de mieux ? 

Sentier GR 20
Forêt de pins laricio
Sentier GR 20

Jeudi 6 septembre 2018

7ème étape : Manganu – Petra Piana (4h00 de marche, 9 km et 830 m de D+) 

Ce matin, le ciel est totalement dégagé : ce devrait être une belle journée de marche à travers la Corse ! Je me lève à 6h00 et après un copieux petit-déjeuner, je me mets en route vers 7h00 en direction de la brèche de Capitello, passage obligé  pour rejoindre le refuge de Petra Piana. Derrière moi, dans l’ombre de la montagne, un groupe de trois marcheurs avance bien. Je dois forcer l’allure pour rester devant : j’aime marcher en tête ! La pente est très raide et lorsque j’arrive à la brèche, je suis inondé de soleil. La vue est sublime. Je m’assois sur un rocher plat et attend le reste du groupe. Arrivent bientôt Vincent, Alban et le suisse Joachim. Après une petite séance de photos, nous sympathisons rapidement et nous décidons de rester ensemble jusqu’au prochain refuge.

Brèche de Capitallu
Brèche de Capitallu
Marque GR 20

Nous repartons d’un bon pas. Une marche rapide et souvent physique avec des passages très raides et exposés. Il faut souvent nous aider des mains. La randonnée prend parfois des airs de désescalade. Heureusement des chaînes ont été installées sur la paroi pour éviter la glissade. Au dessous de nous, les lacs de Capitello et de Melo. Le groupe est homogène et soudé. Malgré les difficultés du terrain, nous avançons vite. Agréable sensation d’appartenir à une même équipe, de faire corps.

Il est à peine 11 heures lorsque nous arrivons au refuge de Pietra Piena. Nous aurons mis 4 heures pour boucler une étape prévue en 6 heures 30 sur le topo-guide ! Nous déjeunons ensemble d’un bon appétit, puis ils repartent sans moi. Toujours cette fichue prudence qui m’incite à ne pas doubler les étapes, surtout en marchant à cette allure. Ce fut néanmoins une belle matinée, emplie de soleil, de roche et d’amitié…

GR 20

Vendredi 7 septembre 2018

8ème étape : Petra Piana – Onda (4h00 de marche, 10 km et 490 m de D+) 

Hier, avec le groupe de garçons, nous avons vraiment forcé l’allure. Aujourd’hui, marchant à nouveau seul, je décide de prendre mon temps et je m’arrête à la bergerie de Tolla pour acheter fromage de brebis et charcuterie corse. De quoi tenir toute la journée. Ce matin, le sentier traverse une immense forêt. Les branches des arbres semblaient être des vitraux que transperçait la lumière douce du soleil. Le chemin doux et sablonneux absorbe le bruit de mes pas. Il règne dans cette forêt humide un silence de cathédrale. Après l’orage de cette nuit, l’eau est partout et coule en abondance.

Je chemine tranquillement en prenant mon temps et suis tout étonné d’arriver déjà au refuge de l’Onda, situé à 1 430 m d’altitude. C’était la 8ème étape. Selon mon topo-guide qui compte 16 étapes au total, il en reste encore autant pour arriver à Conca, le terme du voyage. Je suis donc à mi-parcours et demain soir, je devrais être à Vizzavona qui marque la séparation entre le GR 20 nord et le GR 20 sud. Demain soir, le plus dur sera fait…

Marque GR 20

Samedi 8 septembre 2018

9ème étape : Refuge de l’Onda – Vizzavone (5 h 00 de marche, 11 km et 715 m de D+) 

Retour (provisoire) à la civilisation ! Privé de réseau depuis mon départ de Calenzana, mon téléphone se remet à sonner. Après neuf jours de marche à travers la montagne corse, j’entends à nouveau le bruit des voitures et je sens l’odeur des gaz d’échappement. Vizzavone est le seul vilage du GR 20 traversé par une route. J’y retrouve des touristes en sandales et des gens bien propres. Je préfère de loin la vie sauvage, celle des cimes, des sentiers escarpés et des torrents. « Certains hommes espèrent entrer dans l’Histoire, nous sommes un certain nombre à préférer disparaître dans la géographie », écrit Sylvain Tesson. Comment ne pas lui donner raison…

L’étape d’aujourd’hui était une fois encore très belle. Une jolie montée et une longue descente à travers la forêt en suivant une série de cascades et de grandes vasques de pierre où l’eau s’écoule libre et joyeuse. Ce soir, exceptionnellement, je dors dans un lit à l’hôtel U Castellu et la montagne, le silence et la solitude me manquent déjà. Le confort est un leurre. Il faut s’en méfier.

Dans la forêt corse

Dimanche 9 septembre 2018

10ème étape : Vizzavone – E Capannelle (6 h 00 de marche, 15 km et 900 m de D+) 

Peu avant 8h00, je quitte Vizzavone par un joli chemin forestier qui grimpe doucement dans la forêt de pins laricio. Le sentier devient très roulant et sans mon sac de 10 kilos sur les épaules, je pourrais facilement courir.  J’aime être seul en forêt, écouter les bruits de la nature, le vol des insectes, les oiseaux et les sons furtifs dans les buissons. Mais bientôt, je rejoins Élodie et Margot. Ainsi que Camille, une  randonneuse qu’elles ont rencontré en chemin. Nous marchons ensemble jusqu’au refuge d’E Capannelle en nous racontant nos vies. C’est étrange comme on peut aisément se confier à des gens que l’on n’avait jamais vu dix jours plus tôt. C’est la communauté du chemin…

Marcheuses sur le GR 20
Forêt montagne corse
Jean-Louis Boudart

Lundi 10 septembre 2018

11ème étape : E Capannelle – Prati (6h00 de marche, 18 km et 890 m de D+) 

La journée d’hier a été facile. Avec Élodie, Margot et Camille, j’ai marché à un rythme vraiment tranquille. Aujourd’hui, désormais rassuré sur l’état de mon talon, j’ai envie d’avancer un peu plus vite. Et je trouve justement sur ma route un groupe d’étudiants en médecine qui semble en pleine forme. Les filles ont des allures de gazelles ! Pour ma part, bien qu’ayant eu 61 ans cette année, je marche au même rythme que tous ces jeunes gens. Et cela me ravit ! 

Ensemble, nous franchissons le col de Verde (1 289 m d’altitude), l’un des quatre grands cols de Corse. En chemin, nous dépassons pas mal de monde : des Français bien sûr, mais aussi un groupe d’Allemands, un couple d’Italiens, une Australienne et des Anglais venus en famille. Le monde entier vient se tester sur ce GR 20 que l’on présente souvent comme étant « le trek le plus difficile d’Europe ». Préférant le camping au refuge et la tente au dortoir, certains marcheurs lourdement chargés avancent avec peine. Et l’on devine sur leurs visages toute la fatigue accumulée. Mais aussi une certaine fierté d’être arrivé jusque là ! Ce soir, nous dormirons d’un bon sommeil au refuge de Prati !

Groupe de marcheurs GR 20
GR 20
GR 20

Mardi 11 septembre 2018

12ème étape : Prati – Usciolu (4h30 de marche, 11 km et 700 m de D+) 

Ce matin, en quittant très tôt le refuge de Prati, je hume un air frais et revigorant. Le soleil levant domine la plaine orientale et fait scintiller la Méditerranée. Cette fois, je n’ai plus de doute. Le plus dur est derrière moi et je suis certain dorénavant d’aller jusqu’au bout du GR 20, tant le sentier devient confortable. Je marche désormais seul, mon corps s’est accoutumé à l’effort, je ne sens plus le sac sur mes épaules et il me semble être parti depuis des semaines tant les journées, comme mon ombre sur la roche, s’étirent en une douce éternité.

Dans l’après-midi, accompagnée d’Élodie et de Margot, Camille arrive au refuge d’Usciolu en pleurant. Lors d’une descente un peu raide, elle a fait une mauvaise chute et son genou lui fait mal. Sans doute une entorse. Demain matin, après un nuit de repos, les filles vont se rendre à Cozzano d’où Camille prendra le bus pour Porto-Vecchio. Pour Camille, l’aventure du GR 20 s’arrête ici. Beaucoup partent, tous n’arrivent pas au bout.

Ombre sur le sentier GR 20

Mercredi 12 septembre 2018

13ème étape : Usciolu – Cuscionu – Asinau (6h00 de marche, 20 km et 890 m de D+)

Le soleil se lève lentement sur la Méditerranée. J’avance en suivant sans difficulté les marques rouge et blanche. Le GR 20 est plutôt bien balisé. Il est à peine 9h30 quand j’arrive au refuge d’A Matalza. Pourquoi la 13ème étape est-elle aussi courte ? Je ne me vois pas rester là toute la journée à attendre pour ne repartir que demain matin. Après avoir mangé un reste de pain et du fromage, je décide donc de repartir jusqu’à Asinau, c’est-à-dire de faire deux étapes dans la même journée. 

Bientôt, je rejoins Clément et Pauline rencontrés la veille au refuge d’Usciolu, ainsi que Vivien qui souffre d’ampoules aux deux pieds. Il tente de faire l’intégralité du GR 20 en 7 jours, mais son gros sac de campeur me semble trop chargé. Je décide de marcher avec lui pour le soutenir dans son effort et nous dévalons ensemble la pente raide qui mène au refuge  d’Asinau. Il lui tarde d’arriver pour se soigner les pieds. Je suis bien aise de ne pas souffrir comme lui et j’ai mis 6 heures pour effectuer les deux parcours ! Je songe à Élodie et Margot qui ont du se remettre en route après avoir laissé Camille à Cozzano. Les reverrai-je ?

Jean-Louis Boudart GR 20

Jeudi 13 septembre 2018

 

14ème étape : Asinau – I Paliri (5 h 00 de marche, 16 km et 450 m de D+)

 

Face à moi, les spectaculaires aiguilles de Bavella ! Un massif déchiqueté qui semble surgir de la forêt. Il est à peine midi lorsque je parviens au refuge d’I Paliri, après une matinée de marche tranquille. Je prends mon temps, comme si je n’avais pas envie d’en terminer avec ce parcours magnifique. Pas tout de suite…

 

Et pourtant, je suis fatigué. Par la somme d’efforts accumulés, par le manque de sommeil et les mauvaises nuits en refuge, par le port répété du sac à dos. Mais malgré cela, tout ce que je vis ici me plaît : la liberté, le silence, la contemplation de la nature, la vie simple et rustique, l’amitié et le compagnonnage de la randonnée, le plaisir d’un corps qui fonctionne encore bien, malgré l’âge et les blessures. Il ne me reste plus qu’une étape à faire avant de terminer l’aventure et de redescendre dans la vallée.

 

 

Ce soir, ce sera ma dernière nuit sur le GR 20. Élodie et Margot sont enfin arrivées au refuge après avoir marché 11 heures hier pour ramener Camille à Cozzano. Nous sommes heureux de nous retrouver. Nous avons faim. Il commence à pleuvoir un peu. La nuit sera plus fraiche…

Les aiguilles de Bavella

Vendredi 14 septembre 2018

15ème étape : I Paliri – Conca (4h30 de marche, 13 km et 260 m de D+)

Ce matin, j’attends le jour pour me lever. C’est la dernière étape du GR 20 et j’ai envie de la savourer pleinement. Comme il n’y avait plus de place dans le dortoir, le gardien du refuge m’a proposé une tente et un matelas. Autour de moi, tout le monde s’affaire à préparer le départ pour Conca. Cathy et François, les deux Brestois sont déjà partis, le sac sur le dos. Peu après eux, je quitte le refuge d’I Paliri où je suis arrivé hier et je prends la route. Sur le sentier, on commence à voir apparaître du sable : la mer Méditerranée n’est plus très loin maintenant.  Pourtant, cette ultime étape s’avère plus difficile que prévu. Loin d’être une descente en pente douce, elle monte encore beaucoup et je ne suis pas au bout de mes efforts. Je rejoins Cathy et François, puis Élodie et Margot, avant de me retrouver seul en montagne. Sans autre présence que celle ce la nature qui embaume. Je suis partagé entre le souhait d’en finir et le désir de prolonger ces instants.

Lorsque je vois briller la Méditerranée entre la Corse et la Sardaigne, je ne peux que m’arrêter devant le spectacle saisissant de l’eau et de la terre mêlées. Moment de grâce. Dernier cadeau de la Corse.

GR 20
GR 20
GR 20

Puis je descends doucement vers Conca, cette fois c’est la fin de l’aventure et pour moi, elle s’est terminée sans nouvelle blessure. Les uns derrière les autres, tous les marcheurs arrivent devant le panneau qui matérialise le terme de ce parcours magnifique. Petite séance photos et dernières embrassades avant que chacun reparte dans sa vie. Mais à Conca, nous sommes tous d’accord pour le dire : l’Île de Beauté n’a pas volé son nom !

Pace e salute !

Jean-Louis Boudart

Bilan : 15 étapes, 73 heures de marche, 189,7 km et 11 705 m de D+ (soit une moyenne quotidienne de 5 heures de marche, 12,6 km et 780 m de D+)

Cartographie © FFRP