Le chemin de Stevenson

264 km et 7 520 m de D+

Du Puy-en-Velay à Alès, le GR70 traverse le Massif central du nord au sud. Au fil du chemin, les paysages changent progressivement, depuis les terres volcaniques du Velay jusqu’aux vallées méditerranéennes des Cévennes, en passant par les hauts plateaux du Gévaudan et les reliefs du mont Lozère.

Le sentier traverse une France rurale et souvent très préservée, alternant vastes plateaux, forêts profondes, landes, pâturages et crêtes ouvertes sur de grands horizons. Les villages et petites cités jalonnent l’itinéraire : Le Monastier-sur-Gazeille, Langogne, Chasseradès, Le Pont-de-Montvert, Florac ou encore Saint-Jean-du-Gard. Peu à peu, en descendant vers le sud, la végétation change, les châtaigniers apparaissent et les paysages prennent une tonalité plus méditerranéenne.

Mais cette traversée est aussi un véritable défi physique. Avec 264 kilomètres et 7 520 mètres de dénivelé positif, les montées et les descentes s’accumulent jour après jour, avec notamment le franchissement du mont Lozère, point culminant de l’itinéraire. Sans présenter de difficulté technique majeure, le GR70 demande endurance et régularité pour enchaîner les longues journées de marche.

Une belle itinérance vers le sud, où l’effort accompagne la découverte progressive des paysages, des villages et des différentes ambiances du Massif central jusqu’aux Cévennes.

Chemin de Stevenson – GR70
Distance : 264 km
Dénivelé positif : 7 520 m
Durée : 7 jours
Départ : Le Puy-en-Velay
Arrivée : Alès
Type : traversée – itinérance
Difficulté : difficile
Altitude maximale : sommet de Finiels, 1 699 m
Accès : Le Puy-en-Velay accessible en train ; retour depuis Alès par la gare SNCF
Itinéraire : grande traversée du Massif central du nord au sud par le GR70, depuis Le Puy-en-Velay jusqu’à Alès. L’itinéraire traverse successivement le Velay, le Gévaudan, le mont Lozère et les Cévennes, en passant notamment par Le Monastier-sur-Gazeille, Langogne, Chasseradès, Le Pont-de-Montvert, Florac et Saint-Jean-du-Gard. Une itinérance exigeante par sa longueur, l’accumulation du dénivelé et l’enchaînement des étapes.

Itinéraire chemin de Stevenson

Mercredi 8 mai 2019

Les rêves d’enfant ne meurent jamais… En partant demain matin de bonne heure sur le chemin de Stevenson, je penserai aux aventures d’un jeune matelot anglais. 

C’est à l’âge de onze ou douze ans que j’ai lu L’Île au Trésor pour la première fois. Les aventures de Jim Hawkins, de Long John Silver et des pirates de l’Hispaniola m’ont donné le goût de la mer et de la voile. Dès l’année suivante, trempé sous le crachin breton, je tirais mes premiers bords sur une Caravelle en compagnie de trois autres gamins et d’un moniteur qui chantait Santiano pour nous encourager. Une passion était née. Elle allait durer toute une vie…

Aujourd’hui, c’est pourtant sur terre et à pied, que je vais suivre les traces de Robert-Louis Stevenson.

En 1878, suite à un chagrin d’amour, l’écrivain écossais décide de partir en solitaire sur les sentiers cévenols… Un périple qu’il relate dans Voyages avec un âne dans les Cévennes (1879). Un siècle plus tard, le Chemin de Stevenson est devenu un grand classique de la randonnée : le GR 70. 

Robert-Louis Stevenson

Jeudi 9 mai 2019

1ère étape : Le Puy-en-Velay – Coubon – Le Monastier-sur-Gazeille –  Goudet – Ussel (6 h 45, 35,5 km et 1 210 m de D+)

3,9 kilos, dont un litre d’eau… C’est la première fois que je pars pour une semaine sur les chemins avec un bagage aussi mince. Il faut préciser que j’ai choisi de suivre le GR 70 en mode trail, moitié course, moitié rando. C’est pourquoi je pars aussi léger.

En 1878, Robert-Louis Stevenson avait entrepris son périple avec une ânesse, nommée Modestine, et pas moins de cent kilos de chargement : deux assortiments complets de vêtements de rechange, quelques livres, une couverture de voyage, une impressionnante cargaison de saucisses et de chocolat, une bouteille de Beaujolais, du pain blanc en quantité, ainsi qu’une lampe à alcool, un couteau et… un revolver !

Personnellement, j’ai fait le choix du strict nécessaire. Une option minimaliste qui m’a permis aujourd’hui de couvrir les 35,5 km de la première étape entre Le Puy-en-Velay et Ussel en 6 h 45 (pauses comprises). Bien content d’arriver quand même !

Jean-Louis Boudart sur le chemin de Stevenson
Chemin de Stevenson
Chemin de Stevenson
Itinéraire étape 1 Chemin de Stevenson
Profil étape 1 Chemin de Stevenson
Profil de l'étape (1 210 m de D+)

Vendredi 10 mai 2019

2ème étape : Ussel – Le Bouchet-Saint-Nicolas – Landos – Pradelles – Langogne (4 h 59, 34,2 km et 530 m de D+)

A l’ancienne ! Comme Robert L. Stevenson en 1878, Françoise et Dominique sont accompagnées par un âne, nommé Cajou. Venues de Suisse pour randonner sur le GR 70, elles ont prévu de le parcourir en quinze jours. Petit problème : Cajou marche plus vite que les deux randonneuses qui ont du mal à suivre le rythme de l’animal, tout chargé qu’il est… Pas toujours simple de marcher avec un âne !

Pour ma part, j’ai bouclé la deuxième étape entre Ussel et Langogne en 4 h 59. Une étape plus facile. Plus rapide aussi. J’aurais dû être plus raisonnable, mais c’est tellement bon de courir sur des sentiers herbeux au milieu des vaches ! Ça change de nos calanques !

Chemin de Stevenson
Prairie en fleurs
Jean-Louis Boudart sur le chemin de Stevenson
Itinéraire étape 2 Chemin de Stevenson
Profil étape 2 Chemin de Stevenson
Profil de l'étape (530 m de D+)

Samedi 11 mai 2019

3ème étape : Langogne – Saint-Flour-de-Mercoire – Cheylard-l’Évêque – Laveyrune – La Bastide-Puylaurent (5 h 45, 36,5 km et 960 m de D+)

Bienvenue en Gévaudan ! Les contours de cette ancienne province française ont servi de base à la Révolution pour créer le département de la Lozère. Pendant trois ans, la Bête du Gévaudan sema la terreur parmi la population : entre 1764 et 1767, une centaine d’attaques, le plus souvent mortelles, ont été recensées. Animal ? Loup ? Loup-garou ou tueur en série ? La Bête du Gévaudan est devenue un mythe et un mystère…

Fort heureusement, je n’ai croisé aucun loup-garou sur le parcours d’aujourd’hui entre Langogne et La Bastide-Puylaurent. Une superbe étape de 36,5 km terminée en 5 h 45… Pour l’instant, tout va bien. L’aventure continue…

Jean-Louis Boudart sur le chemin de Stevenson
Sur le chemin de Stevenson
La Bête du Gévaudan
Itinéraire étape 3 Chemin de Stevenson
Profil étape 3 Chemin de Stevenson
Profil de l'étape (960 m de D+)

Dimanche 12 mai 2019

4ème étape : La Bastide-Puylaurent – Mont Lozère et Goulet – Le Bleymard – Sommet de Finiels – Finiels (6 h 54, 43,3 km et 1 430 m de D+)

Une journée au grand air ! Je le savais dès le départ : cette quatrième étape allait être la plus éprouvante du parcours : 45 km, 1.700 m de D+ et des conditions météo annoncées comme difficiles. Je n’ai pas été déçu… Un vent violent et glacial m’a accompagné toute la journée de dimanche, en particulier dans l’ascension du Sommet de Finiels (1699 m d’altitude), point culminant du Mont Lozère,  où des rafales à 88 km/h ont été enregistrées.

Je suis arrivé frigorifié au village de Finiels où j’ai pris la meilleure douche chaude de ma vie ! Un sac léger, c’est parfait pour courir sur les chemins, mais j’aurais quand même bien apprécié une petite polaire… Même si elle ne sert qu’une seule fois ! Le minimaliste a ses limites.

Vers le sommet de Finiels
Jean-Louis Boudart au sommet de Finiels
Chemin de Stevenson
Itinéraire étape 4 Chemin de Stevenson
Profil étape 4 Chemin de Stevenson
Profil de l'étape (1 430 m de D+)

 Lundi 13 mai 2019

5ème étape : Finiels – Pont de Montvert – Bédouès-Cocurès –  Florac Trois Rivières (5 h 40, 35,1 km et 1 110 m de D+)

Après une bonne nuit de sommeil, je suis reparti ce matin en direction de Florac, au pays des Camisards. Colportées par des marchands ambulants, les thèses réformatrices de Luther et Calvin arrivent dans les Cévennes au milieu du 16ème siècle . Le protestantisme y est officiellement adopté en 1560. Avec la révocation de l’Edit de Nantes en 1685, les protestants deviennent des hérétiques pour le pouvoir royal. La violence s’installe dans les Cévennes… et devient un conflit armé. La Guerre des Camisards fera 14.000 morts.

Aujourd’hui, entre Finiels et Florac Trois Rivières, c’est cette terre des Camisards que j’ai traversée. Un parcours splendide au milieu des genêts en fleur et des forêts de chênes verts. Une étape de 35,1 km bouclée en 5 h 40. Les muscles commencent à faire un peu mal… surtout dans les descentes. Les 1790 m de dénivelé négatif de cette journée vont laisser des traces. Ce soir, je reste allongé pour récupérer. Pas question d’aller me promener pour visiter Florac. Dommage, mais le parcours devient difficile sur le plan physique. Il va falloir maintenant que le mental prenne le relais.

Itinéraire étape 5 Chemin de Stevenson
Profil étape 5 Chemin de Stevenson
Profil de l'étape (1 110 m de D+)
Chemin de Stevenson
Florac
Chemin de Stevenson

Mardi 14 mai 2019

6ème étape : Florac – Cans et Cévennes – Saint-Germain-de-Calberte – Saint-Étienne-Vallée-Française (6 h 28, 41,9 km et 840 m de D+)

Vallée Française… Ce nom est très étonnant quand on sait que notre pays compte d’innombrables vallées. Son origine remonte au 6ème siècle, à l’époque où ce village et cette vallée de Lozère constituaient une enclave franque en territoire wisigoth. Les habitants de Saint-Etienne résistèrent tant et si bien à l’envahisseur qu’ils ont conservé ce nom jusqu’à nos jours…

Parti  de Florac dans la matinée, j’ai atteint sans difficulté l’ancien village franc en 6 h 28 après 41,9 km parcourus sous un beau soleil de printemps. Ça fait du bien de retrouver le Sud !

Saint-Étienne-Vallée-Française
Chemin de Stevenson
Chemin de Stevenson
Itinéraire étape 6 Chemin de Stevenson
Profil étape 6 Chemin de Stevenson
Profil de l'étape (840 m de D+)

Mercredi 15 mai 2019

7ème étape : Saint-Étienne-Vallée-Française – Saint-Jean-du-Gard – Mialet -Alès (6 h 15, 37,7 km et 1 440 m de D+)

Pourquoi je cours ? Quelle raison me pousse ainsi à enchaîner les kilomètres, à dévaler des pentes herbeuses avec euphorie et à éprouver une telle sensation de liberté ? D’abord pour le plaisir simple de traverser de superbes paysages et d’être totalement immergé dans la nature… Ensuite pour une raison qui remonte à la petite enfance. Je cours parce que j’ai failli ne plus pouvoir marcher…

Chemin de Stevenson
Chemin de Stevenson
Jean-Louis Boudart sur le chemin de Stevenson

Vers l’âge de trois ans, une grave déficience osseuse m’a obligé à rester alité. Mes jambes étaient trop faibles pour porter mon corps et il fallait éviter qu’elles ne se déforment irrémédiablement. Les médecins avaient dit à ma mère que j’allais rester handicapé. Le traitement fut long. J’ai porté de lourdes attelles et la nuit je devais rester immobilisé sur mon lit. Un jour, longtemps après, j’ai pu marcher et jouer comme les autres enfants…

Je n’ai jamais oublié cette joie immense de pouvoir bouger et d’être libre ! J’ai bouclé cette dernière étape du chemin de Stevenson en 6h 15 et j’ai profité avec intensité de chacun des instants qui me rapprochaient de l’arrivée. Les douleurs aux cuisses, dues principalement aux descentes – encore 1 570 m de dénivelé négatif aujourd’hui – se sont atténuées. Cette ultime étape ne fut que du pur bonheur. Sensation puissante d’être vivant ! Et de pouvoir courir !

Itinéraire étape 7 Chemin de Stevenson
Profil étape 7 Chemin de Stevenson
Profil de l'étape (1 440 m de D+)

Aujourd’hui, lors de mes courses en montagne, je pense toujours à celles et ceux qui ne peuvent plus marcher : les blessés, les handicapés, les invalides… Je mesure ma chance… C’est donc avec un grand bonheur que je termine aujourd’hui à Alès ce GR 70 après avoir parcouru au total 264,2 km et gravi 7 520 m de D+ ! Soit 42 h 50 d’efforts répartis sur 7 jours ! Une moyenne quotidienne de 37,7 km et 1 074 m de D+ ! Une belle balade et un joli cadeau pour le petit garçon de jadis… Il semble avoir retrouvé ses jambes !

Merci par votre lecture de m’avoir suivi jusqu’au bout de cette aventure. Puissiez-vous également réaliser vos rêves d’enfant… Et merci à Robert-Louis Stevenson d’avoir ouvert la voie !

Retour sur le Stevenson

Vendredi 12 juillet 2019

Située en Lozère, a petite cité de Florac se trouve à la confluence de trois rivières : le Tarn, le Tarnon et la Mimente. J’y avais fait halte en mai dernier lors de l’intégrale du Chemin de Stevenson (270 km en 7 jours).

Demain matin, je prendrai le départ du Trail de Stevenson : 41 km, une distance proche de celle du marathon (42,195 km), mais avec un D+ de 1.090 m. Un superbe parcours en pleine nature qui nous emmènera jusqu’au sommet de Finiels (1.699 m d’altitude) où je m’étais tellement gelé il y a deux mois.

Florac

Samedi 13 juillet 2019

Finisher !

C’était une bien belle matinée de sport en pays cévenol… Parti du Pont-de-Montvert, j’ai bouclé les 41,7 km (et les 1.084 m de D+) du Trail de Stevenson jusqu’à Florac en 4 h 55 ’ 35’’. Un chrono correct qui me permet de finir 1er de ma catégorie (Master 3) ! Ça fait toujours plaisir !

Jean-Louis Boudart sur le trail de Stevenson

Cartographie © FFRP