Entre mer et polders
515 km et 830 m de D+
Avec plus de 37.000 kilomètres de pistes cyclables, les Pays-Bas proposent aux amateurs de voyage à vélo de multiples itinéraires. Pour cette première, et afin de découvrir plusieurs aspects du pays, nous avons choisi d’effectuer une grande boucle à travers quatre provinces : la Hollande-Septentrionale, la Hollande-Méridionale, Utrechet et Flevoland.
Pendant 12 jours – dont 9 à vélo – nous allons rouler au cœur d’un paysage entièrement façonné par l’eau. Digues, polders, canaux, terres gagnées sur la mer : tout y est plat, ouvert, traversé de lumière. D’Amsterdam à la mer du Nord, de Haarlem à Marken, des villes anciennes aux horizons modernes du Flevoland, notre route va suivre une ligne simple. Celle d’un pays posé au ras de l’eau.
Le profil du parcours est plutôt plat et le dénivelé est minime. Seul le vent – très présent – peut présenter une difficulté. Il souffle principalement du secteur nord-ouest. En faisant une boucle, vous l’aurez de face tôt ou tard !
Welkom in Nederland ![]()
C’est de la petite ville de Berverwijk, en Hollande-Septentrionale, que nous avons choisi de commencer notre périple. Envie de voir la mer du Nord chantée par Jacques Brel et ces « vagues de dunes pour arrêter les vagues ». Cap donc sur Haarlem, ses canaux et ses maisons coquettes. Les pistes cyclables néerlandaises sont très agréables, toujours séparées du trafic routier.
C’est la ville de Haarlem qui a donné son nom à Harlem, célèbre quartier new-yorkais. Au XVIIe siècle, lorsque les Néerlandais colonisent une partie de la côte est de l’Amérique du Nord, ils fondent la ville de New-Amsterdam et créent au nord de Manhattan un village agricole appelé Nieuw Haarlem. Quand les Anglais reprennent la colonie en 1664, New-Amsterdam devient New-York et Nieuw-Haarlem… devient Harlem. Trversée par de nombreux canaux, la ville d’Haarlem est très agréable notamment autour de la cathédrale, la Grote Kerk.
Jeudi 23 avril 2026
Aujourd’hui, nous ne partons pas pour une nouvelle étape : on va poser les sacoches, ralentir le rythme, marcher simplement dans les allées, prendre le temps de regarder… et de respirer l’odeur des fleurs : nous allons passer la journée à Lisse, au Keukenhof ! Cet espace de 32 hectares n’est pas un champ de tulipes à perte de vue : c’est un parc paysager où les jardiniers ont composé avec les fleurs comme un peintre géant l’aurait fait avec des couleurs sur une toile. Et c’est un enchantement, une véritable exposition à ciel ouvert !
Bien qu’elle soit devenue un emblème national, la tulipe n’est pas hollandaise à l’origine. Elle a été importée d’Asie centrale au XVIe siècle. Mais elle a trouvé aux Pays-Bas les conditions parfaites pour son épanouissement : un sol sableux, un climat océanique plutôt doux et de l’eau à profusion. Aujourd’hui, les Pays-Bas sont le premier exportateur mondial de bulbes.
Si vous allez au Keukenhof, ne manquez pas d’aller visiter les pavillons intérieurs. Le pavillon Beatrix contient de merveilleuses orchidées et le pavillon Willem-Alexander permet de mesurer l’incroyable diversité du monde coloré des tulipes. À ne pas manquer !
Vendredi 24 avril 2026
2ème étape : Hillegom – Leyde – Schevenningen – La Haye – Delft (56 km et 110 m de D+)
À leur apogée, les Pays-Bas comptaient plus de 10 000 moulins à vent. Aujourd’hui, il en reste environ 1 200. Une grande partie d’entre eux fonctionnent encore. C’est à Voorhout, peu après avoir quitté Hillegom, que nous rencontrons notre premier moulin. Nous en verrons bien d’autres par la suite, mais celui-ci nous attendait pour la photo. Carte postale incontournable !
Rouler à vélo aux Pays-Bas présente de nombreux avantages. Outre le nombre et la qualité des pistes cyclables, les distances entre les villes sont assez courtes. Ce qui permet de faire de nombreuses pauses. À Leyde, par exemple. Ici, l’eau est partout. Les canaux dessinent la ville, la découpent, la reflètent. Nous avons beaucoup aimé la découvrir, la parcourir, nous attabler tranquillement sur un quai. On surnomme souvent Leyde la « petite Amsterdam ». En réalité, elle est plus apaisée, moins touristique, plus intime. Une autre manière d’être une ville de canaux.
Après un petit détour par la station balnéaire de Schevenningen, nous faisons route vers La Haye – Den Haag en néerlandais – où se trouve le siège de la Cour internationale de justice. Créée en 1945, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la CIJ a pour rôle de régler les conflits entre états. Elle siège dans l’impressionnant Palais de la Paix. La Haye abrite également la Cour pénale internationale chargée de juger les crimes de guerre ou les crimes contre l’humanité. Comme dans toutes les villes néerlandaises, il est très facile d’y circuler à vélo. Et sur les aires de stationnement, le nombre de bicyclettes en témoigne ! Nous aurions volontiers passé davantage de temps à visiter la ville – et surtout le magnifique Mauritshuis – mais nous avons choisi Delft pour faire étape. En voyage, les choix sont parfois difficiles.
À Delft, n’avons pas croisé la Jeune Fille à la perle. L’œuvre la plus célèbre de Vermeer est exposée à La Haye. Mais il reste son étrange regard sur les célèbres faïences de Delft.
Samedi 25 avril 2026
3ème étape : Delft – Gouda – Kinderdijk – Dordrecht (67,2 km et 120 m de D+)
Au cours de cette troisième étape, nous avons préféré éviter Rotterdam et sa gigantesque zone porturaire. Nous avons choisi une route plus sereine et plus rurale. Elle nous a conduit à Gouda, l’une des villes les plus typiques de la Hollande historique. Gouda est célèbre dans le monde entier pour son fromage, le plus emblématique des Pays-Bas. À Gouda, les fromageries sont partout et on peut goûter toutes sortes de variétés : au cumin, aux herbes, au pesto, fumé, à la truffe, au lait de chèvre. Il y en a pour tous les goûts !
Le jeune (jong) est doux, crémeux, légèrement sucré. L’affiné (belegen) est plus ferme, notes de noisette, parfois caramélisées. Le très vieux (overjarig) possède un goût puissant, presque salin, délicieux ! Avec son sourire, ses nattes blondes et coiffée de la traditionnelle kaasmeisjes, Sylvie a failli se faire embaucher dans cette fromagerie !
Et un peu plus loin, c’est sous un beau ciel bleu que nous découvrons les moulins de Kinderdjik. C’est l’un des paysages les plus emblématiques des Pays-Bas. Mais leur intérêt n’est pas seulement esthétique : ils racontent comment un pays entier s’est construit dans une lutte permanente contre l’eau. Construits principalement au XVIIe siècle, les 19 moulins actuels servaient à pomper l’eau des polders et à maintenir au sec les terres cultivables. Chaque moulin faisait remonter l’eau d’un niveau à l’autre. Sans ce système, une partie du territoire néerlandais serait inondé. Et en plus, c’est vraiment très beau ! Traverser la digue de Kinderdjik à vélo est un vrai bonheur !
Dans l’après-midi, nous arrivons à Dordrecht, la plus ancienne ville de Hollande. Pendant des siècles, la cité fut un grand port marchand grâce à sa position stratégique sur les fleuves. Elle possède aujourd’hui une atmosphère plus calme et plus intime que les grandes villes néerlandaises. Nous avons fait une halte très agréable dans cette ville entourée d’eau.
Dimanche 26 avril 2026
4ème étape : Dordrecht – Papendrecht – Schoonhoven – Nieuwegein – Utrecht (58 km et 100 m de D+)
Ce matin, pour rejoindre Papendrecht, nous devons prendre le bateau et traverser le Beneden Merwede, un important bras du delta Rhin-Meuse. La traversée est courte et la vue très ouverte sur le trafic fluvial.
Et après avoir quitté Papendrecht, nous retrouvons très rapidement un itinéraire plus rural. Nous longeons des canaux, des prairies, des polders : de longues lignes horizontales typiquement hollandaises. Avec le ciel et l’eau pour décor. C’est un environnement particulièrement paisible et propice à la rêverie.
L’ambiance est radicalement différente en arrivant à Utrecht, la petite Amsterdam. En ce 26 avril, les Néérlandais s’apprêtent à fêter l’anniversaire de leur roi : Willem-Alexander aura 59 ans demain. Et ce soir, à Utrecht – comme à travers tout le pays – c’est la Koningsnacht, la Nuit du Roi. Concerts, fêtes de rue, bar bondés. Sur les quais, la fête ne fait que commencer !
5ème étape : Utrecht – Maarsenbroek – Loenersloot – Amsterdam (43,4 km et 80 m de D+)
Et pour la petite histoire, savez-vous d’où vient l’expression la petite reine pour désigner la bicyclette ?
À la fin du XIXᵉ siècle, Wilhelmina devient reine des Pays-Bas très jeune. Elle monte sur le trône en 1890, à l’âge de dix ans. Or, elle est souvent aperçue se déplaçant… à bicyclette, ce qui est à la fois moderne et inattendu pour une souveraine. La presse française s’empare de cette image : cette jeune souveraine, simple et proche du peuple, devient vite surnommée « la petite reine ». Peu à peu, l’expression ne désigne plus seulement la reine, mais le vélo lui-même. C’est donc en toute logique que nous parcourons les Pays-Bas… sur nos petites reines.
Mardi 28 avril 2026
Les Pays-Bas comptent 23 millions de vélos pour une population d’environ 17 millions d’habitants. Ici, le vélo est un véritable mode vie : la petite reine fait partie intégrante de l’identité nationale et de l’aménagement du territoire. Depuis notre départ de Beverwijk, nous avons déjà apprécié la qualité des pistes cyclables, mais nous nous rendons vraiment compte de ce phénomène en allant chercher un endroit pour garer nos vélos. En arrivant à Amsterdam, le patron de l’hôtel de Koopermoolen nous a conseillé de nous rendre au parking près de la gare Amsterdam Centraal. C’est là que nous avons vraiment compris la place qu’occupe le vélo dans la culture néerlandaise.
Depuis 2023, pour désengorger le chaos historique des cycles entassés sur le parvis, deux immenses parkings ont été construits sous la gare pour une capacité totale de 11 000 places ! C’est gigantesque, c’est pratique et c’est gratuit pendant 24 heures. Si vous utilisez votre vélo tous les jours – comme nous l’avons fait pour visiter la ville – cela ne vous coûte rien ! À l’intérieur, c’est lumineux, c’est propre et c’est surveillé. Quand une ville construit un parking non pour les voitures, mais pour les vélos, on comprend les priorités.
À Amsterdam, l’eau n’est pas un décor : elle a déterminé la naissance de la ville, elle a fait sa prospérité et sa renommée. La ville compte environ 100 km de canaux et plus de 1 500 ponts. À pied ou à vélo, de jour comme de nuit, c’est un bonheur de déambuler sans fin dans ce dédale.
De l’autre, le musée Van Gogh. Il abrite le plus grande collection au monde d’oeuvres de Vincent Van Gogh. C’est l’un des musées les plus visités des Pays-Bas. On y trouve plus de 200 tableaux, des centaines de dessins et de nombreuses lettres adressées à son frère Théo. Ici, tout est mouvement. La couleur cherche, déborde, insiste. Ce qui intéresse Vincent Van Gogh ce n’est pas ce que l’œil voit, mais ce que l’âme ressent. Ce qui frappe ici c’est la sensation d’entrer dans une trajectoire humaine autant qu’artistique : la solitude, la création, la fragilité mentale. Ci-dessous : Les Tournesols (1888), Autoportrait (1887) et Champ de blé sous un ciel d’orage (1890).
À Amsterdam, entre le Rijksmuseum et le musée Van Gogh, il y a 600 mètres et plus de deux siècles d’écart. D’un côté, le réalisme, la rigueur, la maîtrise. De l’autre, l’émotion, la fièvre, la passion. Ce sont deux chocs artistiques très différents !
Jeudi 30 avril 2026
6ème étape : Amsterdam – Landsmeer – Purmerend – Edam – Volendam – Katwoude – Monnickendam – Marken (64,2 km et 70 m de D+)
Après être passé à Edam – l’autre ville du fromage – nous arrivons tranquillement à Katwoude, au sud de Volendam. Là, nous visitons une fabrique de sabots néerlandais, que l’on appelle ici les klompen. À l’origine, ce sont des chaussures de travail portées par les paysans, les pêcheurs et les ouvriers. Le bois protégeait de l’humidité, de la boue, du froid et des chocs. Taillés généralement dans du peuplier ou du saule, ils étaient faciles à fabriquer. Aujourd’hui, s’ils ont disparu de la vie courante, les sabots restent un objet emblématique des Pays-Bas. Et un souvenir pour les touristes !
Et dans l’après-midi, nous arrivons à Marken. Autrefois, c’était une île du Zuiderzee, longtemps restée isolée du reste du monde. Mais depuis la construction d’une digue en 1957, elle est reliée au continent. Cette insularité passée explique son caractère très particulier, presque figé dans le temps. Toutes les maisons en bois ont été construites sur pilotis. Ce soir, nous sommes au cœur de ce qui a façonné les Pays-Bas : vivre avec l’eau, pas contre elle. À l’extrémité est de l’île, le phare de Paard van Marken. Impression d’être au bout du monde !
Vendredi 1er mai 2026
7ème étape : Marken – Muiden – Almere – Lelystad (69,1 km et 100 m de D+)
Située à une quinzaine de kilomètres à l’est d’Amsterdam, Muiden se trouve à l’embouchure de la rivière Vecht. L’un des charmes de cette petite ville, c’est son écluse, la Groote Zeeluis. Nous y restons un bon moment pour regarder le passage des bateaux. Muiden fut pendant des siècles un lieu stratégique pour contrôler le commerce sur le canal : c’était un accès direct vers Amsterdam.
En témoigne l’imposant Muiderslot, un magnifique château médiéval construit vers 1280 par le comte Florent V de Hollande. C’est l’un des châteaux les mieux conservés du pays.
Changement radical de décor en longeant le Markermeer, un lac de 700 km2 situé au centre des Pays-Bas. Il est constitué d’eau douce et permet de réguler le niveau des flots. Comme une bonne partie de la Hollande, la province de Flevoland a été entièrement gagnée sur l’eau. C’est ce qu’on appelle ici un polder. Sur ces terres nouvelles, les constructions sont donc très récentes. À l’image de la ville d’Almere – qui n’existait pas il y a un demi-siècle – un quart du pays a été bâti sur ces terres artificielles. Et les éoliennes ont remplacé les moulins à vent. L’esthétique n’est pas tout fait la même !
Samedi 2 mai 2026
8ème étape : Lelystad – Enkhuizen – Hoorn – Alkmaar (76,8 km et 70 m de D+)
Ce qui nous attend ce matin, c’est une ligne tendue entre deux eaux. Aux Pays-Bas, le Markerwaarddijk est une digue longue de 27 km qui relie Lelystad à Enkhuizen. Elle sépare deux lacs : l’IJsselmeer et le Markermeer. Rien ne distingue vraiment l’un de l’autre, sinon une nuance de gris-bleu, un frémissement différent sous le vent. Sur le Markenwaarddjik, la piste cyclable file, droite, sans détour, posée sur l’eau comme un trait sur une carte.
Aucun relief, aucun abri, aucun arbre sur le Markenwaarddjik. Seulement l’eau et le ciel, immense, qui descend jusqu’à l’horizon. Nous avons l’impression, étrange, de rouler vers nulle part. Sans fin.
Dans cette partie de la Hollande-Septentrionale, la piste cyclable traverse un étonnant paysage de dunes, ondulantes comme des vagues de sable figées entre terre et mer. Celles de Schoorlse Duinen comptent parmi les plus hautes des Pays-Bas : elles dépassent 50 m d’altitude ! C’est dire combien ce pays est plat ! Seule exception, cette étonnante pente à 10 % ! La seule de tout notre voyage.
Bilan : 9 étapes, 515,8 km et 830 m de D+ (soit une moyenne quotidienne de 57,3 km et 92 m de D+).
Toutes mes félicitations à Sylvie qui a réalisé aux Pays-Bas sa plus longue itinérance à vélo : plus de 500 km, avec parfois un vent contraire qui rendait les étapes plus difficiles que prévu.
Aux Pays-Bas, le seul relief c’est le vent ! À vélo, il compte davantage que le dénivelé, quasi nul. Ici, le vent vient majoritairement de la mer du Nord : il est donc orienté ouest / sud-ouest. Le pays étant très plat, il n’y a aucun abri naturel, la prise au vent est maximale. Avec 20 km/h de vent réel, le cycliste ressent l’équivalent d’une montée constante. Avec 40 km/h de vent réel, c’est l’ascension d’un col à 7-9% ! Ces difficultés expliquent la puissance du cycliste néerlandais Mathieu van der Poel !
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Et pour pédaler ailleurs en Europe avec un peu plus de dénivelé, suivez-moi en Suisse !
Crédits documents et photos
Cartographie © Komoot ; Le roi Willem-Alexander à Dokkum © ANP
