Tour de Bretagne
1 459 km en suivant le littoral breton
Jeudi 9 juin 2022
Direction Saint-Nazaire ! L’an dernier, après avoir suivi la Loire à vélo depuis sa source jusqu’à l’océan Atlantique, je m’étais arrêté à Saint-Brevin-les-Pins. Puis j’avais franchi l’estuaire en empruntant le pont de Saint-Nazaire, le plus long de France (3,35 km). C’est là que débute samedi prochain ma nouvelle aventure cycliste.
Vendredi 10 juin 2022
Tro Breizh ! Les sacoches sont prêtes et le vélo révisé. Je pars demain matin de Saint-Nazaire pour un grand tour de Bretagne. Mon itinéraire va suivre – dans le sens horaire – les contours de la Bretagne historique, celle qui inclue le département de la Loire-Atlantique. C’est le territoire du l’ancien duché de Bretagne.
Je vais d’abord rouler au plus près des côtes bretonnes. Ensuite, une fois arrivé au Mont Saint-Michel, une étape incontournable, je vais redescendre vers Saint-Nazaire en suivant les marches de Bretagne qui jusqu’en 1532 marquaient la frontière du duché avec le royaume de France. Une belle balade en perspective !
Samedi 11 juin 2022
1ère étape : Saint-Nazaire – Saint-Marc – La Baule – Batz-sur-Mer – La Turballe – Piriac-sur-Mer – Quimiac – Damgan- Pénerf – Ambon (124 km et 650 m de D+)
À l’aise Breizh ? Pas vraiment… Ce matin, au moment de commencer une longue itinérance de plus de 1.450 kilomètres, j’éprouve cette petite appréhension commune à bien des départs. Vais-je arriver au bout ? Je n’ai encore jamais parcouru une telle distance à vélo et contrairement à une idée reçue, la Bretagne est loin d’être un territoire plat. Si la terre bretonne culmine à 385 mètres d’altitude au Roc’h Ruz, situé sur la commune de Plounéour-Ménez, elle compte de nombreuses bosses qui peuvent à la longue se révéler éprouvantes… Mais avec quelques bolées de cidre bouché, ça devrait le faire ! Yec´hed mat !
Cap à l’Ouest ! Cela s’appelle prendre le chemin des écoliers. Suivre au plus près le littoral n’est pas le chemin le court pour voyager en Bretagne, mais c’est assurément le plus beau. Aujourd’hui, depuis le grand port de Saint-Nazaire, j’ai parcouru 124 kilomètres pour rejoindre la pointe de Pénerf, dans le Morbihan, en passant par Pornichet, La Baule, les marais salants de Guérande, Piriac-sur-Mer, la presqu’île de Pénestin et les plages de Damgan. Je suis en Pays Vannetais (Bro Wened) et ce fut une bien belle journée au bord de l’océan !
Dimanche 12 juin 2022
2ème étape : Ambon – Surzur – Saint-Armel – Vannes – Auray – La Trinité-sur-Mer – Carnac – Plouharnel – Plouhinec – Riantec (105 km et 658 m de D+)
Armor ! Ce mot breton signifie le pays de la mer en opposition à l’Argoat, le pays de la terre, la Bretagne de l’intérieur. L’Armor est un pays changeant qui se couvre et se découvre au rythme des marées. Ce matin, la lumière armoricaine est particulièrement douce sur la route de Vannes.
Merveilleux Morbihan… Qu’elle était belle cette deuxième étape entre Pénerf et Riantec ! 105 kilomètres de bonheur le long d’une côte bretonne baignée de soleil. J’ai aimé les ruelles pavées de Vannes, les îles sauvages du golfe du Morbihan, la rivière d’Auray, les vieux grééments du petit port de Saint-Goustan et les longues plages de sable de Carnac. Quand on aime la mer et les bateaux, comment ne pas avoir envie de vivre ici ?
Lundi 13 juin 2022
3ème étape : Riantec – Port-Louis – Lorient – Guidel – Le Pouldu – Moëlan-sur-Mer – Riec-sur-Belon – Pont-Aven – Nevez (75,3 km et 714 m de D+)
Un petit tour en bateau… Quoi de plus naturel en Bretagne que de prendre la mer ? Pour traverser l’immense rade de Lorient, mon vélo et moi avons emprunté ce matin la navette maritime au départ de Port-Louis. Nous avons croisé l’ancienne base de sous-marins de Keroman. Construite par les Allemands entre 1941 et 1944, elle fut d’abord destinée à abriter les U-Boote de la Kriegsmarine. Après l’Occupation, les installations furent La base est récupérées par la Marine nationale pour le compte des forces sous-marines françaises.
Depuis la fin des années 60, cet impressionnant ensemble de bunkers a été reconverti en un pôle nautique spécialisé dans la plaisance et la course au large. Il abrite aujourd’hui la Cité de la voile Éric Tabarly.
Sur les pas de Gauguin… Après avoir roulé le long des dernières plages du Morbihan à Guidel, j’ai franchi la rivière Laïta et je suis désormais dans le Finistère. Littéralement, c’est le département où finit la terre. Les Bretons l’appellent Penn ar Bed, le Bout du Monde !
Une étape littorale de 75 kilomètres qui m’a fait découvrir le joli port de Doëlan, les magnifiques rias bretonnes et la cité des peintres de Pont-Aven. Séduit par cette lumière exceptionnelle et par l’authenticité d’une Bretagne encore rurale et préservée, Paul Gauguin y fit plusieurs séjours, avant de s’embarquer pour la Polynésie. C’est là-bas qu’il repose, sur l’île de Hiva Oa, non loin de Jacques Brel.
Les galettes de Pont-Aven… Depuis 1890, la recette n’a pas changé : du beurre frais breton, des œufs de plein air, du sucre et surtout de la farine du moulin de Pont-Aven. Un régal ! Et de quoi tenir plusieurs heures à vélo sans risquer l’hypoglycémie ! Car les premières bosses apparaissent. Elles ne sont jamais très hautes, mais elles sont courtes, parfois raides et elles s’enchaînent sans répit. Je ne le sais pas encore à cet instant, mais le plus dur reste à venir !
4ème étape : Névez – Trégunc – Concarneau – La Forêt-Fouesnant – Bénodet – Pont-Labbé – Loctudy – Le Guilvinec – Pointe de Penmarc’h – Plovézet (123 km et 930 m de D+)
Bro Gerne ! Je suis entré en Cornouaille. Le Sud-Finistère est magnifique, mais il se mérite. Surtout à vélo avec dix kilos de bagages. Au cours de cette longue étape de 123 kilomètres entre Nevez et Plozévet, le dénivelé positif cumulé dépasse quand même les 900 mètres ! Bien sûr, nous ne sommes pas dans les Alpes, ce n’est pas le col de la Loze et ses 28 km d’ascension. Mais ici, l’effort est néanmoins soutenu. Je commence à comprendre pourquoi ces fameuses bosses ont forgé la réputation des coureurs bretons ! Rouler en Bretagne, c’est apprendre à relancer sans cesse, changer de rythme et encaisser les à-coups.
Ce qui ne m’a nullement empêché d’apprécier les remparts de la Ville close à Concarneau, le vieux port de la Forêt-Fouesnant, les charmes de la rivière Odet, le port de pêche du Guilvinec et la majesté du phare d’Eckmühl à la pointe de Penmarc’h.
Degemer mat e Bro Vigoudenn ! Autrement dit : Bienvenue en Pays Bigouden !
Mercredi 15 juin 2022
5ème étape : Plozévet – Audierne – Plogoff – Pointe du Raz – Cap Sizun – Douarnenez (72,4 km et 770 m de D+)
Mon fidèle vélo de voyage arbore depuis mon départ de Saint-Nazaire, les couleurs blanche et noire du drapeau breton. Gwenn ha Du ! Les neuf bandes horizontales symbolisent les 9 évêchés et les hermines dans l’angle supérieur rappellent les anciennes armoiries des ducs de Bretagne. Ces 9 anciens évêchés historiques sont un élément central de l’identité bretonne. Selon la légende, l’hermine préfère mourir la mort plutôt que la souillure. Elle incarne la pureté, la droiture morale et la fidélité à ses valeurs. C’est pourquoi les hermines figurent sur les blason et les armoiries de très nombreuses villes bretonnes.
Penn ar Bed ! Site emblématique de la Bretagne, la Pointe du Raz donne vraiment le sentiment d’être au bout du monde. Avec ses falaises de granit plongeant dans le bleu de la mer d’Iroise, elle est prolongée par le Raz de Sein et le phare de la Vieille. Ici, les courants sont violents et peuvent atteindre 25 noeuds !
En passant par Audierne et Plogoff, cette belle étape littorale de 72 kilomètres m’a permis de rejoindre aujourd’hui le port de Douarnenez. Une ville profondément liée à la mer. On y trouve l’un des plus beaux musées maritimes de France et aussi la Maison de la Sardine sur le port du Rosmeur. Au XIXe siècle, et jusqu’à la fin des années 70, Douarnenez fut l’un des premiers ports sardiniers d’Europe.
Jeudi 16 juin 2022
6ème étape : Douarnenez – Pentrez – Saint-Nic – Crozon – Morgat – Saint- Hernot – Cap de la Chèvre – Anse de Dinan – Pointe de Penhir – Camaret-sur-Mer (71,6 km et 1 114 m de D+)
Le véritable kouign-amann ! C’est à Douarnenez qu’est née en 1860 cette célèbre pâtisserie bretonne. Mélange de farine, de beurre et de sucre, le kouign-amann était à l’origine un gâteau familial à partager. Celui-ci est prévu pour six personnes. Bourré de calories et facile à conserver, c’est le gâteau des voyageurs par excellence. J’en ai acheté douze !
L’étape d’aujourd’hui entre Douarnenez et Camaret-sur-Mer fut assez courte, seulement 71 kilomètres, mais néanmoins éprouvante pour les jambes et le moral : une succession ininterrompue de montées et de descentes, avec un dénivelé positif cumulé qui dépasse 1 100 m. Il n’est pas étonnant que le relief breton forge les caractères !
Mais il faut reconnaître aussi que les paysages traversés sont à la hauteur des efforts consentis ! Tout cet itinéraire finistérien autour de la presqu’île de Crozon offre au cycliste un panorama de rêve, notamment entre le Cap de la Chèvre et la pointe de Pen-Hir où l’on découvre les fameux rochers des Tas de Pois. À Camaret, sur le port, je suis entré dans la chapelle Notre-Dame-de-Rocamadour décorée d’ex-voto. Mais je n’ai pas vu le curé…
Vendredi 17 juin 2022
7ème étape : Camaret-sur-Mer – Pointe des Espagnols – Roscanvel – Lanvéoc – Landévennec – Pont de Ténérez – Le Faou – Daoulas – Landerneau (89,3 km et 1 202 m de D+)
Pour reprendre des forces… Impossible de faire escale à Camaret sans y déguster les produits de la mer ! En plus, c’est vendredi, jour du poisson ! Huîtres, langoustines, crevettes, crabe, bigorneaux et palourdes. Rien que du frais et du local. La Bretagne ne s’apprécie pas seulement avec les yeux. C’est aussi un festival de saveurs !
Coup de chaud sur le Tro Breizh ! Cette étape de 89 km entre Camaret-sur-Mer et Landerneau, en passant par la Pointe des Espagnols, Le Faou et Daoulas, fut une nouvelle fois de toute beauté ! Longer la côte en suivant l’immense rade de Brest est un privilège. Mais elle fut aussi une épreuve physique et mentale. La vague de chaleur exceptionnelle annoncée par la météo est bien arrivée en Bretagne. Et dans ces conditions étouffantes, les frais ombrages de la Forêt Domaniale de Landévennec furent une pause bien agréable.
D’après Le Télégramme, le quotidien historique du Finistère, il s’agit de « la plus précoce vague de chaleur jamais enregistrée depuis le début des mesures en 1947 » ! Et une des plus intenses. Je confirme cette information. Au cours de cette septième étape, la température sur la route est montée jusqu’à 37 degrés ! Aujourd’hui les ascensions étaient des fournaises, les ombrages des moments de répit et les descentes un délicieux bain de fraîcheur.
Et comme si la chaleur étouffante de cette étape ne suffisait pas, le relief armoricain en dents de scie n’a rien arrangé. Ce fut encore une interminable série de bosses à franchir : plus de 1 200 m de D+ ! Pas mal pour un département qui culmine à 385 mètres !
Samedi 18 juin 2022
8ème étape : Landerneau – Brest – Le Conquet – Cap Corsen – Lanildut – Porspoder – Portsall – Saint-Pabu (106 km et 1 132 m de D+)
« Surtout, pense à bien s’hydrater ! » C’est le conseil que m’ont donné tous les Bretons que j’ai croisé à vélo sur les petites routes pentues du Finistère. Et pour ça, il y a la Coreff ! Ici, on l’appelle la bière philosophale ! Née à Morlaix en 1985, cette emblématique boisson bretonne est aujourd’hui brassée à Carhaix-Plouguer, dans le Finistère. Excellente pour le physique, comme pour le moral !
La bière bretonne, c’est l’alchimie de quatre éléments : la terre, le feu, l’air et l’eau. L’essence de la symbolique celte. Alors comme on dit ici : « Yec’hed mat » ! Et merci à Nono pour les dessins ! Natif d’Inzinzac-Lochrist dans le Morbihan, ce dessinateur breton sait de quoi il parle ! Gast !
À Landerneau, après avoir franchi l’Élorn, j’ai quitté la Cornouaille pour entrer dans le Léon. C’est le Nord-Finistère, une côté découpée et puissante, un territoire tourné vers la mer. Lors de ce parcours à vélo autour de la Bretagne, le passage à Brest est un peu particulier. C’est d’abord la grande ville de l’extrême Ouest. C’est un lieu où l’on ressent pleinement l’omniprésence de la mer, des vents, des courants, de la lumière changeante. Beaucoup de paysages bretons ressemblent à de véritables cartes postales. Ce n’est pas le cas de Brest. Ville reconstruite après la guerre, grand port militaire, Brest ne cherche pas à séduire. Et c’est sans doute cette authenticité qui fait son charme. Et même si le soleil n’est pas toujours présent à La Recouvrance ou sur la Pointe du Petit Minou !
Moins spectaculaire que la pointe du Raz, le cap Corsen est le site le plus occidental de la France continentale. Il offre un panorama exceptionnel sur la mer d’Iroise. Aujourd’hui, l’appel du 18 juin était celui du grand large !
L’itinéraire d’aujourd’hui, long de 106 km, m’a permis de découvrir le port du Conquet, la plage de Landunvez et le littoral sauvage du Nord-Finistère. Sur la route, la température s’est nettement rafraîchie et la journée a été moins difficile que celle d’hier.
Et à mon arrivée à Saint-Pabu, sur la rive gauche de l’Aber-Benoît, mes amis bretons Isa et Patrick étaient là pour m’accueillir. Leur sourire fut un vrai rayon de soleil dans un ciel devenu gris.
Dimanche 19 juin 2022
9ème étape : Saint-Pabu – Lannilis – Aber Wrac’h – Goulven – Plouescat – Cléder – Roscoff (77,4 km et 635 m de D+)
Le far breton de Patrick est sans conteste l’un des meilleurs de tout le Finistère ! Une recette familiale que Patrick ne souhaite pas divulguer. Je sais qu’il y met surtout du beurre ! Et aussi pas mal de beurre. Après une joyeuse soirée de retrouvailles arrosée au cidre bouché, le menu prévu aujourd’hui sur les routes du Nord-Finistère sera beaucoup moins joyeux : de la pluie et du vent… Et aussi du vent ! Beaucoup de vent !
Aber Ildut, Aber Benoît, Aber Wrac’h… Le pays des Abers est un site magnifique du Nord-Finistère. Un aber est un vallée étroite et profonde que vient recouvrir la marée montante. Mais aujourd’hui, je n’ai guère eu l’occasion de faire du tourisme.
L’étape du jour entre Saint-Pabu et Roscoff fut difficile. Je souris sur la photo, mais je n’étais pas fier du tout sur la route. Une pluie battante me cinglait le visage en permanence. Un fort vent de face me donnait l’impression de grimper une côte tout en roulant sur le plat. Aujourd’hui, bien qu’en étant à terre, j’ai ressenti toute la puissance océanique. Et devant la violence des éléments, j’ai préféré écourter un peu la journée et rejoindre directement mon objectif.
Lorsque je suis enfin arrivé à Roscoff, j’étais trempé, frigorifié et affamé. Aujourd’hui, et ce n’est guère étonnant, je n’ai croisé aucun autre cycliste sur la route. Les Bretons ne sont pas fous ! Ils respectent l’adage selon lequel « Quand y’a tempête, on reste à la buvette ». J’espère des jours meilleurs…
Lundi 20 juin 2022
10ème étape : Roscoff – Saint-Pol-de-Léon – Carantec – Morlaix – Plougasnou – Locquirec – Saint-Michel-en-Grève – Lannion (85,8 km et 930 m de D+)
« C’est en passant sur l’pont d’Morlaix, Haul away ! Old fellow away ! La belle Hélène j’ai rencontrée ! Haul away ! Old fellow away ! »
Difficile de ne pas se mettre à entonner ce traditionnel chant de marin en voyant ce grand viaduc construit en 1865. Morlaix est encore située dans le Finistère, mais après avoir traversé le joli port de Locquirec, je suis entré dans le département des Côtes d’Armor. Un relief encore très vallonné et un littoral superbe ! Comme toutes celles que j’ai pu faire jusqu’à présent, cette nouvelle étape entre Roscoff et Lannion fut magnifique. Et cette fois, il n’a même pas plu !
Éléments emblématiques du paysage rural breton, les calvaires sont présents au carrefours de chemins ou au bord des routes. Le plus souvent en granit ou en schiste, certains existent depuis le Moyen Âge et témoignent de l’évangélisation de la Bretagne qui fut longtemps un bastion de la chrétienté. Au-delà de l’aspect religieux, ces calvaires incarnent également une forme d’art populaire et participent à la mémoire collective. Beaucoup sont d’ailleurs classés monuments historiques
Ces croix de chemin servaient aussi de guide et de protection pour les voyageurs. Mais la Bretagne à vélo n’est pas pour autant un chemin de croix !
Mardi 21 juin 2022
11ème étape : Lannion – Trébeurden – Trégastel – Ploumanac’h – Perros-Guirec – Port-Blanc – Tréguier – Lézardrieux – Paimpol (80,4 km et 880 m de D+)
Bro Dregher ! Je suis en Trégor et l’été breton est en fleur ! Bleus, roses ou blancs, les massifs d’hortensias ornent de nombreuses maisons en Bretagne. Cette plante exotique s’est parfaitement adaptée au climat doux et humide de la péninsule armoricaine. Au point d’en devenir le symbole…
Après avoir fait une petite incursion sur l’île Grande qui fait face à Penvern, je prends la direction de Ploumanac’h. Là-bas, je sais par avance que je vais voir la vie en rose ! Comme le chantait Edith Piaf, « Il est entré dans mon cœur une part de bonheur dont je connais la cause ». C’est la fameuse Côte de granit rose (en breton Aod ar vein ruz, littéralement « côte des pierres rouges »). Entre Trégastel et Ploumanac’h, le site offre une vue magnifique sur ces blocs de rochers vieux de 300 millions d’années et sculptés pas l’érosion.
Indiquant l’entrée de la passe, le phare de Mean Ruz est également construit en granit rose. En breton, mean ruz signifie pierre rouge. Et le soleil était de retour aujourd’hui. Que du bonheur je vous dis !
Mercredi 22 juin 2022
12ème étape : Paimpol – Plouhézec – Plouha – Plourhan – Binic – Saint-Brieuc – Yffiniac – Fréhel (90,3 km et 860 m de D+)
La magnifique étape d’hier entre Lannion et Paimpol m’a permis d’atteindre le millième kilomètre depuis mon départ de Saint-Nazaire le 11 juin dernier. La fatigue commence bien sûr à se faire sentir, mais les paysages que je découvre chaque jour me donnent néanmoins envie de poursuivre ce voyage en terre bretonne… sur les traces de Bernard Hinault.
Je suis arrivé sur les terres du Blaireau… Durant cette étape de 90 kilomètres entre Paimpol et Fréhel, impossible de ne pas faire une petite halte à Yffiniac, le village natal de Bernard Hinault. Surnommé Le Blaireau pour son caractère combatif et tenace, le coureur breton a remporté cinq fois le Tour de France entre 1978 et 1985. Il est le dernier coureur français à avoir remporté la Grande Boucle.
Bernard Hinault habite aujourd’hui près de Dinan, mais Yffiniac reste cher au cœur de tous les cyclistes bretons. Et des autres aussi !
Jeudi 23 juin 2022
13ème étape : Fréhel – Cap Fréhel – Saint-Cast – Notre-Dame-du-Guildo – Saint-Jacu-de-la-Mer – Saint-Briac – Saint-Lunaire – Dinard – Saint-Malo (73,9 km et 691 m de D+)
À partir de la fin juin et durant tout l’été, la lande bretonne se couvre des couleurs vives de la bruyère sauvage. C’est une plante robuste qui ne craint pas le vent parfois violent de la côte. Ses teintes pourpres font la joie des randonneurs et des cyclistes qui longent le littoral. Ce matin, je prends la route en direction de Saint-Malo.
Faut-il y voir un signe du destin ? Compte tenu de la situation politique actuelle et d’un possible blocage de l’Assemblée Nationale, la France a besoin d’un premier ministre de consensus. Je roule donc vers Matignon plein d’espoir…
Sur les remparts de Saint-Malo… Entourée de hautes fortifications en granit, la cité malouine fut autrefois le bastion des corsaires qui harcelaient les navires de commerce britanniques. À l’exemple du célèbre Robert Surcouf, né à Saint-Malo en 1773. Contrairement aux pirates, les corsaires étaient autorisés à s’attaquer aux navires ennemis en temps de guerre.
Après une étape de 73 km, parcourue en grande partie sous la pluie depuis le Cap Fréhel, Saint-Malo est une escale fort agréable. Surtout sous le soleil revenu !
Vendredi 24 juin 2022
14ème étape : Saint-Malo – Saint-Benoît-des-Ondes – Le Vivier-sur-Mer – Les prés salés – Le Couënon – Le Mont Saint-Michel – Pontorson – Aucey-la-Plaine – Montanel – Fougères (96,9 km et 571 m de D+)
Après avoir franchi hier l’estuaire du Frémur à , j‘ai quitté les Côtes-d’Armor pour entrer dans le département de l’Ille-et-Vilaine. Ce matin, en repartant de Saint-Malo, il me reste encore une cinquantaine de kilomètres à parcourir le long du littoral breton avant de prendre la direction de Fougères, en direction du sud. L’océan va beaucoup me manquer…
Mais avant de tourner le dos au littoral Atlantique, je ne pouvais pas poursuivre ce Tro Breizh sans passer par le merveilleux Mont Saint-Michel, un îlot rocheux couronné par une abbaye millénaire, posé entre ciel et mer au coeur de l’une des plus grandes baies d’Europe. Un îlot qui depuis près de mille ans fait l’objet d’une querelle entre Bretons et Normands.
Pour revendiquer le Mont Saint-Michel, les Bretons s’appuient sur un célèbre dicton : « Le Couesnon dans sa folie a mis le Mont en Normandie ». Le Couesnon est un fleuve côtier qui marque la frontière séparant la Bretagne de la Normandie. Or au Moyen Âge, le Couesnon coulait à l’est du Mont, plaçant celui-ci en Bretagne. Avec les siècles, son cours a peu à peu dérivé vers l’ouest. Par un caprice de la nature, le célèbre Mont se retrouve aujourd’hui en Normandie ! Mais il reste cher au coeur de tous les Bretons !
Une chose est certaine : c’est dans cette gigantesque baie que se situe le plus important marnage d’Europe, c’est à dire la différence de hauteur d’eau entre la basse mer et la pleine mer. Dans la baie du Mont Saint-Michel, le marnage peut atteint 15 mètres en cas de fort coefficient de marée. Ici, chaque année, des imprudents se font piéger par la vitesse du flot. Après une longue portion de plat le long de la baie, une horizontalité absolue, je retrouve le relief breton et ses traditionnelles bosses en prenant la direction du pays de Fougères. Mais ce sont que de légères ondulation qui n’ont rien à voir avec celles du Finistère !
Samedi 25 juin 2022
15ème étape : Fougères – Dompierre-du-Chemin – Domalain – Visseiche – Arbrissel – Martigue-Ferchaud – Chateaubriant (90,2 km et 660 m D+)
Fougères, ville frontière… Jusqu’en 1532, date à laquelle le duché de Bretagne fut rattaché à la couronne de France, la frontière séparant les deux territoires était âprement disputée. Le château de Fougères, en Ille-et-Vilaine, était l’une des places fortes du dispositif de défense breton qui s’étendait du Mont Saint-Michel jusqu’à Nantes. Ce matin, je quitte Fougères en direction du sud !
Depuis hier, je traverse une autre Bretagne… C’est l’Argoat, le pays des bois et des champs. Très rurale, souvent ignorée par les touristes, la Bretagne intérieure est bien différente de l’Armor, le pays de la mer. L’odeur des fermes a remplacé celles de l’iode et du goémon. La grève s’est affacée devant le bocage. Le chant des merles et des rouge-gorges a remplacé le cri perçant des mouettes. Les noms des villages eux-mêmes ont changé. Je ne vois plus de noms bretons comme Ploumanac’h, Kerdroën ou Locmiquélic, mais des noms bien français : Montanel, Beaucé ou Domalain.
Ce soir, après une étape longue de 90 km, je suis arrivé à Châteaubriant, en Loire-Atlantique. Je me dirige inexorablement vers Saint-Nazaire, mon point de départ. Le voyage va s’achever. Je n’ose encore penser à demain…
Dimanche 26 juin 2022
16ème étape : Chateaubriant – Issé – Saint-Omer-de-Blain – Montoir-de-Bretagne – Saint-Nazaire (98,2 km et 461 m D+)
J’ai gardé le meilleur pour la faim… Ce matin, je prends le départ de la dernière étape de mon Tro Breizh, mon tour de Bretagne à vélo. Parti de Saint-Nazaire le 11 juin dernier, j’y retourne aujourd’hui. Prêt à pédaler et l’estomac bien calé après un repas traditionnel breton : galettes de sarrasin et crêpes au froment. Sans oublier quelques bolées de cidre fermier brut. Ça devrait le faire ! Deomp dezhi !
Je m’apprête à quitter la Bretagne intérieure pour retrouver l’Atlantique. Entre Châteaubriant et Saint-Omer-de-Blain, je roule dans une ambiance de bocage et de forêts très bucolique. Le relief est assez faible, l’arrivée n’en sera que plus agréable, car après 15 jours de voyage et plus de 1 400 kilomètres parcourus, la fatigue est bien présente.
Malgré la perspective d’un repos bien mérité, j’éprouve une certaine appréhension à terminer ce périple cycliste en Bretagne. Il me semble que ce que l’on vit en Bretagne est plus grand qu’ailleurs : l’océan, le vent du large, l’horizon sans fin donne à la fois un sentiment d’humilité et de liberté. Il y a partout une relation charnelle avec le paysage, même s’il n’est pas toujours balayé par les embruns. J’ai aimé aussi cette douce Bretagne intérieure.
Retour à Saint-Nazaire ! Je retrouve l’estuaire de la Loire avec bonheur. Je ne revois jamais le fleuve de mon enfance sans une certaine émotion. Saint-Nazaire est surtout connue pour ses chantiers navals, parmi les plus importants d’Europe. On construit ici les paquebots géants les plus prestigieux, comme le Queen Mary 2, navire amiral de la compagnie britannique Cunard, mis à l’eau en 2003.
Après une dernière étape de 98 kilomètres à travers la campagne bretonne, mon Tro Breizh à vélo s’achève ce soir. Ce fut un magnifique voyage tout autour de cette Bretagne que j’aime, où j’ai passé mes premières vacances d’enfant, où j’ai appris à naviguer à la voile, où sans cesse j’ai regardé le mouvement des marées sur la grève. La Bretagne sera pour toujours dans mes pensées.
Bien sûr, je suis un peu triste à l’idée de la quitter, mais je garderai toujours en mémoire la beauté de ses paysages, l’odeur de l’iode océanique, l’ambiance de ses petits ports de pêche, ses plages immenses inondées de lumière, ses petites routes tranquilles, ses forêts profondes et surtout la simplicité chaleureuse des Bretons. Merci de m’avoir accueilli chez vous et de m’avoir fait partager vos vies le temps d’une soirée.
Tout comme les livres, les voyages nous transforment. Ne cessons jamais d’avancer.
Post-scriptum :
Ami(e) cyclotouriste, si toi aussi tu souhaites te lancer dans cette belle aventure, voici quelques précisions chiffrées.
Ce tour de la Bretagne à vélo a été réalisé en 16 jours pour une distance totale de 1.450,7 km (soit une moyenne de 91,2 km par jour et un dénivelé positif de 12.858 m (soit une moyenne de 803 m de D+ par jour).
Le vélo utilisé est un gravel Trek 920, il pèse 13 kg et j’avais emporté 10 kg de bagage. Les deux sacoches Ortlieb se sont révélées parfaitement étanches. Si aucun ennui mécanique n’est à signaler, j’ai dû néanmoins réparer deux crevaisons (une à l’avant, une à l’arrière, pas de jaloux). Enfin, pour ne pas me perdre sur les innombrables petites routes bretonnes et tracer mes propres itinéraires, j’ai utilisé l’application Komoot, elle est simple et efficace.
Kenavo ! Et bonne route !
Crédits documents et photos
Carte scolaire de la Bretagne © Institut Culturel de Bretagne ; Carte du duché de Bretagne © GEOBREIZH.BZH ; Les Sept Boules de cristal © Casterman ; Blasons des villes de Bretagne © Tempête de l’Ouest ; Bernard Hinault avec le maillot jaune lors du Tour de France en 1979 © AFP ; Dessins 8ème étape © Nono. Tous les autres documents et photos sont © Jean-Louis Boudart
