Le Tour du lac Léman (Suisse-France)
186 km et 1 347 m de D+
Mardi 27 mai 2025
1ère étape : Founex – Nyon – Rolle – Saint-Prex – Morges – Lausanne – Lutry (61,2 km et 560 m de D+)
Au départ de Founex, en prenant la route de Nyon, j’ai bien entendu pensé à L’Affaire Tournesol, l’album dans lequel Tintin et le capitaine Haddock partent en Suisse à la recherche du professeur Tournesol. Mais je n’ai pas retrouvé la même scène que dans l’album d’Hergé. Aujourd’hui, à l’entrée de Nyon, le lac Léman n’est pas visible. Depuis 1954, le panneau a sans doute été déplacé.
Entre Founex et Lausanne, l’itinéraire qui longe le lac suit majoritairement des routes tranquilles et des voies partagées où une large place est réservée aux vélos. Le relief plutôt plat sur cette portion permet d’avancer sans effort sur un asphalte de bonne qualité. La Constitution suisse reconnaît le vélo comme un moyen de transport à part entière et les autorités helvétiques font de gros efforts pour développer une infrastructure cyclable de qualité. La Route n° 46 est l’itinéraire officiel du tour du lac Léman. Et il est entièrement balisé !
Pour profiter davantage de la vue sur le lac, il m’a semblé pertinent d’aller planter ma tente sur les hauteurs de Lutry, au camping Le Portillon (690 m d’altitude). Mais je n’avais pas anticipé une montée aussi raide et des pourcentages à 15 % ! Avec mon vélo de voyage chargé de ses sacoches et de mon matériel de camping, je dois me résoudre à mettre pied à terre pour finir cette première étape. Mais la récompense est au bout du chemin : la vue sur le Léman est spendide !
Mercredi 28 mai 2025
2ème étape : Lutry – Riex – Epesses – Chexbres – Vevey – Montreux – Villeneuve – Saint-Gingolph – Évian-les-Bains – Thonon-les-Bains – Yvoire – Messery (88,4 km et 580 m de D+)
Après une nuit tranquille au camping Le Portillon, sur les hauteurs de Lutry, dans le canton de Vaud, je repars ce matin frais et dispos. Au programme de cette deuxième journée autour du lac Léman : Vevey, Montreux, Saint-Gingolph, puis retour en France à Évian-les-Bains. Je quitterai alors le Valais pour revenir en Haute-Savoie. Une belle balade en perspective. Mais malheureusement pour moi, les prévisions météo ne sont guère optimistes : la pluie est annoncée…
Entre Lausannne et Montreux, les terrasses de Lavaux plantées de vignobles offrent des vues splendides sur le lac. La route en balcon qui surplombe le Léman fut sans conteste mon coup de cœur de la journée ! Ces paysages viticoles comptent parmi les plus beaux d’Europe. Depuis 2007, ce site est d’ailleurs classé au patrimoine mondial de l’Unesco. Il a fallu huit siècles de travail à l’homme pour sculpter la montagne. L’orientation plein sud créé un microclimat exceptionnel. On y cultive surtout du Chasselas, idéal pour accompagner la fondue vaudoise. Un régal !
Bien sûr, elle grimpe la petite route qui grimpe à Chexbres, l’un des plus beaux villages du Lavaux, mais les efforts du cycliste sont largement récompensés ! La beauté du site a inspiré peintres, photographes et écrivains, notamment Charles-Ferdinand Ramuz, un écrivain vaudois dont l’oeuvre a profondément marqué la littérature francophone, Jean-Jacques Rousseau ou encore Alphonse de Lamartine dans son poème Le Lac (1817), inspiré du Léman : « Ô temps, suspends ton vol ! et vous, heures propices, Suspendez votre cours ! »
Devant ce panorama, j’aimerais moi aussi arrêter le cours du temps et rester là des heures entières.
À la sortie de Montreux, je n’ai pas manqué de faire une pause au château de Chillon, construit sur un îlotrocheux au bord du lac Léman. François Bonivard, moine, humaniste et patriote genevois y fut emprisonné de 1530 à 1536. Son histoire inspira Lord Byron pour son poème Le Prisonnier de Chillon (1816). À Noville, je suis désormais sur la rive sud du Léman. Tout près de l’endroit où le Rhône, qui vient du Saint-Gothard, se jette dans le lac. J’ai quitté la ville et je roule dans un paysage très bucolique.
Sur la rive sud du Léman, c’est Saint-Gingolph qui marque la frontière entre la Suisse et la France. Ce village a la particularité d’être coupé en deux : d’un côté le canton du Valais, de l’autre le département de la Haute-Savoie. Du côté français, je croise une stèle élevée à la mémoire de Jean Moulin qui en 1933 exerça la fonction de sous préfet à Thonon-les-bains. Et bientôt, de retour en France, je poursuis mon tour du Léman en direction d’Évian-les-Bains.
Malheureusement, force est de constater que la place réservée aux cyclistes en France n’est pas aussi généreuse qu’en Suisse. La route principale qui longe le lac (RD 1005 – ex-N5) est souvent étroite et elle est dépourvue de piste cyclable. Je dois rouler à proximité des véhicules qui de surcroît ne respectent pas toujours les limitations de vitesse. Si le côté suisse est très sécurisant, le côté demande beaucoup de vigilance.
Et pour couronner le tout, la pluie se met à tomber lorsque j’arrive à Évian. Je m’y attendais. D’abord parce que la météo l’avait annoncée et ensuite parce prendre l’eau à Évian, quoi de plus naturel ? Je suis arrivé au camping de Messery complètement trempé. L’avantage, c’est que je n’ai eu besoin de prendre une douche. Mais j’ai du monter ma tente en catastrophe !
Mon séjour en France aura été de courte durée. Après avoir traversé le village de Chens-sur-Léman, je franchis à nouveau la frontière pour rejoindre Hermance du côté suisse et toujours en suivant la Route cyclable 46, je roule maintenant en direction de Genève. Ce sera aujourd’hui une étape très courte, mais j’apprécie d’avoir retrouvé le soleil !
Bilan : 3 étapes, 187 km et 1 347 m de D+, soit une moyenne quotidienne de 62 km et 449 m de D+
Crédits documents et photos :
Cartographie © Komoot ; Le Tour du Léman à vélo © Conseil du Léman ; L’Affaire Tournesol © Casterman. Tous les autres textes ou photos sont © Jean-Louis Boudart
