La Loire à vélo
1 000 km des sources du fleuve à l'océan Atlantique
C’est à Tours, sur les bords de la Loire, que se sont ancrées mon enfance et mon adolescence. Tantôt calme et nonchalant, tantôt imprévisible et furieux, le grand fleuve a nourri mon imaginaire et installé très tôt en moi le désir d’ailleurs. Aller voir plus loin…
Il m’a donc semblé indispensable, comme une marque de gratitude envers elle, de suivre la Loire à vélo depuis ses multiples sources en Ardèche jusqu’à l’océan Atlantique, et de faire l’intégralité de ce magnifique itinéraire qui traverse la France. Je raconte en détail cette échappée ligérienne dans mon livre La Loire en roue libre, publié aux Éditions Transboréal !
Samedi 15 mai 2021
Prologue : Le Puy-en-Velay – Sainte-Eulalie (44 km et 1 239 m de D+)
Il n’existe aucune gare SNCF pour rejoindre les sources de la Loire. Pour me rendre au mont Gerbier de Jonc, point de départ de cette aventure, il m’a fallu d’abord rallier en trains Le Puy-en-Velay, puis pédaler jusqu à Sainte-Eulalie. Une jolie étape, assez courte mais avec un dénivelé conséquent. Une bonne mise en jambes pour le reste du parcours !
Et en passant au Monestier-sur-Gazeille, j’ai une pensée pour Robert-Louis Stevenson. C’est d’ici que l’écrivain était parti à l’automne 1878 pour réaliser son voyage dans les Cévennes accompagnée de son ânesse Modestine. Depuis le fameux chemin de Stevenson est devenu un sentier de randonnée très fréquenté : le GR 70 !
Dimanche 16 mai 2021
Nous l’avons tous appris à l’école : la Loire prend sa source au pied du mont Gerbier-de-Jonc.
Voici donc le point de départ de l’aventure: il culmine à 1.551 mètres d’altitude et ressemble à un énorme cône. Il s’agit d’un dôme volcanique vieux de quelques huit millions d’années. Et sous ce volcan éteint se trouve un socle de granit très dur et totalement imperméable.
Aujourd’hui, la météo n’est pas très engageante, mais je décide néanmoins d’en faire l’ascension à pied. Une randonnée assez courte, mais qui va s’avérer délicate à cause d’un orage de grésil qui soudain s’abat sur nous. La météo est parfois rude en Ardèche ! Très vite, le sol se couvre d’une multitude de petites billes blanches qui rendent la descente glissante. Heureusement, de nombreux passages protégés sécurisent les endroits les plus dangereux. Et l’orage cesse aussitôt qu’il a commencé. Mais nous sommes plusieurs à avoir eu un bon coup de chaud !
Quand il pleut, l’eau ne peut pas pénétrer profondément dans le sol et elle rejaillit à la surface en de multiples sources. Trois d’entre elles ont officiellement été répertoriées. Voici la source géographique, c’est celle qui est indiquée dans les manuels scolaires. En 1927, à l’examen du certificat d’études et à la question « Où la Loire prend-elle sa source », une jeune fille avait répondu « dans l’étable de mon père ». Elle avait raison.
Voici donc la source qui apparaît dans la ferme de la Loire, au pied du mont Gerbier. L’eau très belle, très claire. Sa température, hiver comme été, est d’environ 4 degrés.
Lundi 17 mai 2021
C’est de Sainte-Eulalie (215 habitants) que je pars demain pour une balade à vélo de plus de 1.000 kilomètres qui devrait me conduire jusqu’à l’océan Atlantique… Juste à côté de la ferme de la Loire, tout près de la source géographique, se trouve la première borne kilométrique du parcours. Et là, subitement, je prends conscience de la distance qu’il me reste à parcourir : 1 020 kilomètres ! Le nombre me paraît énorme !
À cette époque, en 2021, je n’ai encore jamais parcouru une pareille distance à vélo. Et je me demande bien si je vais y arriver…
Mardi 18 mai 2021
1ère étape : mont Gerbier de Jonc – Sainte-Eulalie – La Palisse – lac d’Issarlès – Salettes – Goudet – Saint-Martin-de-Fugères – Colempce – Chadron – Solignac-sur-Loire (69 km et 950 m de D+)
C’est parti !
Sur le haut-plateau ardéchois, le ciel est redevenu bleu, mais je n’ai pas très chaud. Il fait à peine quelques degrés au-dessus de zéro ! Je m’interroge… Ai-je emporté assez de vêtements ? À trop vouloir limiter le poids des bagages, ne suis-je pas parti trop léger ? Il est vrai que je ne m’attendais pas à une telle température à la mi-mai. Cependant, la promesse d’une nouvelle et belle aventure me donne quand même le sourire. Et puis je me réchaufferai en pédalant !
A peine sortie de la ferme, la Loire court gaiement dans la prairie, comme pourrait le faire une enfant. C’est une eau vive, limpide, primesautière. Elle n’a pas encore la maturité des grands fleuves. Pour suivre la Loire, j’emprunte un beau chemin qui traverse une forêt peuplée de grands sapins. Sur le haut plateau ardéchois, l’atmosphère est très montagnarde. La Loire elle devient torrentielle, il y a parfois des cascades… elle taille sa route dans le basalte, une roche volcanique et son lit se creuse peu à peu. Lorsqu’elle passe sous le premier pont qu’elle rencontre. Le lit de la Loire est déjà profond de plusieurs mètres.
Le lit de la Loire s’élargit encore…
Simple petit ruisseau au pied du mont Gerbier-de-Jonc, la Loire prend déjà des allures de rivière. Les berges se creusent. Les ponts comptent maintenant plusieurs arches. Pendant ce temps-là, le printemps s’installe en Ardèche… et les premières feuilles apparaissent.
Qui a dit que les bords de Loire étaient plats ?
En arrivant au col du Gage, je me dis que l’expression « descendre la Loire » n’est pas vraiment appropriée. Bien sûr, ce ne sont pas les Alpes, mais ça grimpe quand même par mal.
J’en profite un peu plus loin pour faire une pause et admirer l’un des tous premiers châteaux de la Loire : le château de Beaufort, sur la commune de Goudet. C’est un château construit au 13ème siècle, un ouvrage destiné à contrôler la vallée. A une époque où il n’y a pas encore d’autoroutes et de chemin de fer, les fleuves étaient les seuls axes commerciaux existants. Et donc des passages stratégiques qu’il fallait défendre.
Mercredi 19 mai 2021
2ème étape : Solignac-sur-Loire – Coubon – Brives-Charensac – Chadrac – Lavoûte-sur-Loire – Vorey-sur-Arzon – Chamalières-sur-Loire – Retournac (55 km et 380 m de D+)
La Loire est très belle… Mais elle peut également devenir dévastatrice. Le 21 septembre 1980, la petite ville de Brives-Charensac est victime d’une crue exceptionnelle. La nuit précédente, des pluies torrentielles étaient tombées sur les pentes du mont Mézenc. Sortie de son lit, la Loire détruit la digue et à midi, une vague de plus de six mètres déferle sur Brives-Charensac emportant tout sur son passage. On déplora huit morts, dont deux enfants. Quarante ans après, personne ici n’a oublié.
À Brives-Charensac, en passant sur la rive droite de la Loire, j’ai instantanément été séduit par la lumière et la couleur étonnante de l’eau à cet endroit et à cet instant. J’ai donc approché mon vélo du fleuve pour prendre une photo. Et c’est celle-ci que l’éditeur a choisi pour illustrer la couverture de mon livre La Loire en roue libre !
J’ai quitté l’Ardèche et je poursuis mon voyage vers le nord en direction de Lavoûte-sur-Loire et Vorey-sur-Arzon. Le lit de la rivière s’est encore élargi et la Loire est devenue plus calme, la pente est plus douce. Et je pédale dans un environnement particulièrement agréable sur ces petites routes de Haute-Loire.
Jeudi 20 mai 2021
3ème étape : Retournac – Bas-en-Basset – Aurec-sur-Loire – Saint-Paul-en-Cornillon – Caloire – Chambles – Cessieux – barrage de Grangent – Saint-Just-sur-Loire – Craintilleux – Montrond-les-Bains (79 km et 807 m de D+)
La Loire est un fleuve imprévisible, faussement calme et qui peut rapidement se déchaîner… Mais l’élément liquide a aussi ses charmes. L’humidité venue du fleuve crée la brume matinale. Ici à Retournac, j’ai la sensation de me trouver devant un tableau impressionniste peint par Claude Monet. Tout y est : la lumière, la composition, les couleurs. La Loire est une authentique artiste et la suivre à vélo un enchantement de tous les instants.
L’eau créé aussi de merveilleux reflets. Les étangs de Bas-en-Basset sont d’anciennes gravières envahies par l’eau de la Loire. Ils constituent un refuge pour toutes sortes d’oiseaux qui évoluent parmi les chênes, les érables champêtres et les saules cendrés. C’est aussi un lieu fréquenté par les pêcheurs qui apprécient le calme et le silence des étangs. Ici on pêche la carpe, le gardon et le brochet.
Les Gorges de la Loire sont des paysages encore intacts, accréditant la thèse que la Loire est le « dernier fleuve sauvage d’Europe ». Ce qui est en partie vrai, car la Loire est bien moins aménagée que le Rhône ou le Rhin. Mais, elle compte quand même sur son parcours trois barrages hydroélectriques. Situé sen amont de Saint-Just-Saint-Saint-Rambert, le barrage de Grangent a été mis en service en 1957. Son tablier mesure 55 mètres de haut.
Vendredi 21 mai 2021
4ème étape : Montrond-les-Bains – Chambéon – Nervieux – Saint-Georges-de-Baroille – Saint-Jodard – château de La Roche – Saint-Priest-la-Roche – Cordelle – barrage de Villerest – Roanne (68 km et 644 m de D+)
Le barrage de Villerest est situé à une vingtaine de kilomètres au sud de Roanne. Sa construction entre 1978 et 1984 a noyé toute une vallée de la Loire. Seul rescapé de la noyade, le château de La Roche. Construit au XIIIe siècle, il assurait un point de guet pour protéger le comté du Forez. À l’origine, l’édifice était établi sur un piton rocheux. Mais le piton a disparu, englouti par les eaux. Et le château se retrouve aujourd’hui isolé au milieu du fleuve.
Samedi 22 mai 2021
5ème étape : Roanne – Briennon – Artaix – Chambilly – Bourg-le-Comte – Avrilly – Chassenard – Digoin (60 km et 221 m de D+)
Sous-préfecture du département de la Loire, Roanne compte 35.000 habitants. C’est la première grande ville que je rencontre sur mon parcours.
À Roanne, j’ai déjà parcouru 250 kilomètres et j’en ai terminé avec le dénivelé. Après les côtes parfois raides des monts d’Ardèche et du Massif central, il bien agréable de rouler sur une piste cyclable qui longe le canal. À partir de maintenant, l’itinéraire qui longe la Loire est plat. C’est plus facile et c’est donc le point de départ de nombreuses randonnées à vélo. Ce qui favorise les rencontres. Je ne suis plus seul à pédaler !
Roanne est un grand port fluvial, environ 120 bateaux y sont amarrés. La plupart sont occupés par des retraités qui ont choisi de vendre leur maison pour vivre sur une péniche. Il faut savoir que l’Europe offre 50.000 kilomètres de voies navigables. À partir de Roanne, on peut facilement rejoindre la Belgique, la Hollande ou l’Allemagne. Tout en restant dans sa maison flottante. Beaucoup d’étrangers, principalement des Anglais, des Américains et des Allemands, ont également adopté ce mode d’existence.
À partir de Roanne, on suit la Loire avec le canal qui mène de Roanne à Digoin. C’est une piste cyclable de 56 kilomètres de long qui suit un ancien chemin de halage totalement interdit aux véhicules à moteur. Et c’est un univers bucolique particulièrement reposant et agréable.
Pourquoi construire des canaux, me direz-vous ? Parce que la Loire est imprévisible, nous l’avons vu tout à l’heure avec la catastrophe de Brives-Charensac en 1980. Son niveau et son débit varient énormément selon les saisons et la météo… ce qui rend la navigation très aléatoire. Le canal est donc plus sécurisant pour les mariniers et leur cargaison.
En suivant ce canal, j’arrive dans le département de Saône-et-Loire. À Digoin, au village Toue des Demoiselles, je passe la nuit dans un tonneau. Mais ce n’était pas après une soirée de beuverie ! Ne souhaitant pas me charger inutilement pour cette première expérience de voyage à vélo, j’ai préféré ne pas m’encombrer d’une tente, d’un duvet et d’un matelas. J’ai préféré loger chez l’habitant – ou comme ici à Digoin, dans ce tonneau aménagé en chambre d’hôtes.
Dimanche 23 mai 2021
6ème étape : Digoin – Coulanges – Pierrefitte-sur-Loire – Diou – Beaulon – Garnat-sur-Engièvre – Gannay-sur-Loire – Decize (67 km et 221 m de D+)
À partir de Digoin, je change de canal et j’emprunte le Canal Latéral à la Loire. Long de 196 kilomètres, il rejoint (sur un très bel itinéraire) le canal de Briare qui relie la Loire à la Seine.
Le long du canal, on croise des écluses. Pourquoi des écluses ? Tout simplement, pour rattraper la différence d’altitude. Entre Digoin et Briare, il y a une différence de 100 mètres de dénivelé. Pour que les bateaux puissent « descendre » ou « monter » ce relief, ils doivent donc franchir toute une série d’écluses. Le canal latéral à la Loire en compte trente-sept.
Jadis très fréquentés par des bateaux de transports de marchandises, les canaux ne voient plus passer que des plaisanciers. Ces derniers viennent, comme moi, chercher le calme et la nature. Ici, les voies vertes portent bien leur nom !
Lundi 24 mai 2021
7ème étape : Decize – Avril-sur-Loire – Fleury-sur-Loire – Chevenon – Nevers (39 km et 76 m de D+)
Située dans le département de la Niève, Decize (5 000 habitants) est un port fluvial plus petit que Roanne. C’est aussi la ville natale de Maurice Genevoix, écrivain français inhumé au Panthéon, auteur de Raboliot et de Ceux de 14, témoignage bouleversant sur les horreurs de la Grande Guerre. Dans Rémi des Rauches, il a fait de la Loire le personnage principal de son roman. « Elle reflétait tout le ciel, plus transparente, plus aérienne que lui. Elle prenait toute la lumière, et elle la muait en une chose inconnue, plus limpide, plus précieuse encore que la lumière. C’était la Loire. »
Les canaux sont un havre de paix et de verdure… Ici, on ne croise aucune voiture et on évolue dans un cadre très ressourçant et plein de chlorophylle. Chaque écluse compte une petite maison qui abrite l’éclusier chargé de manœuvrer les lourdes portes de l’écluse. C’est un métier en voie de disparition. Voies Navigables de France qui gère l’ensemble du réseau de canaux a enclenché un processus d’automatisation. C’est le même phénomène qui a touché les phares du littoral français, des phares qui aujourd’hui ne sont plus occupés par des gardiens.
Et me voici à Nevers, une jolie ville dotée d’un patrimoine historique et architectural remarquables. Comme par exemple le palais ducal qui date des 15ème et 16ème siècles. Considéré comme le premier château Renaissance de la Loire, il fut la résidence des ducs de Nevers.
Ou comme la cathédrale Saint Cyr Sainte Julitte, du nom de deux martyrs chrétiens ; une maman et son fils de trois ans, martyrisée au IVème siècle pour avoir refusé d’abjurer leur foi. Saint Cyr a donné son nom à de nombreuses communes françaises (Saint-Cyr-sur-Loire, Saint-Cyr-sur-Mer, Saint-Cyr-l’École, Saint-Cyr-en Val). Je précise qu’il n’y a pas de faute de frappe, il s’agit bien de Julitte et non de Juliette.
Les rues pavées de Nevers ont beaucoup de cachet. C’est esthétique, mais ça saute beaucoup quand on y roule à vélo. C’est la raison pour laquelle je ne ferai jamais Paris-Roubaix !
Mardi 25 mai 2021
8ème étape : Nevers – Cuffy – le Bec d’Allier – Marseilles-lès-Aubigny – La Charité-sur-Loire (47 km et 88 m de D+)
À Nevers, le cloître Saint Gildard abrite la communauté des sœurs de la Charité, une congrégation religieuse féminine fondée en 1680. Chaque année, ce sanctuaire accueille environ 200.000 visiteurs et pèlerins du monde entier.
C’est là que repose dans une petite chapelle le corps intact et comme pétrifié de Marie-Bernarde Soubirous, plus connue sous le nom de Sainte Bernadette. Celle qui vit la Vierge à Lourdes en 1858 devint ensuite religieuse à Nevers, où elle est morte en 1897. Après avoir été enterrée, elle a été exhumée cinquante ans plus tard, en vue de sa béatification. Et à la surprise générale, son corps ne s’était pas décomposé. Son visage était quasiment intact.
Dans sa châsse en verre, la défunte semble paisiblemeent endormie. Une vision hors du commun ! Je dois avouer que c’est vraiment impressionnant d’être ainsi confronté à la mort. Une mort qui remonte à plus d’un siècle !
En sortant de Nevers par le sud, j’emprunte le pont de la Loire pour traverser le fleuve et je me dirige vers le Bec d’Allier. C’est le point de confluence où la Loire va rencontrer son affluent. Né dans le Massif central, en Lozère, il termine sa course à Cuffy, dans le département du Cher. Le site est magnifique et totalement préservé. À partir de là et avec l’apport des eaux de l’Allier, la Loire prend une tout autre dimension.
Le bec d’Allier est également le point de départ officiel de La Loire à vélo. Beaucoup de cyclistes partent d’ici, du kilomètre zéro. Se privant ainsi des superbes paysages d’Ardèche et de Haute-Loire que j’ai traversé pour arriver ici. En ce qui me concerne, le kilomètre zéro est au pied du mont Gerbier-de-Jonc et pour rejoindre le Bec d’Allier, j’ai déjà parcouru 450 kilomètres !
Et pédalant toujours plus au nord en suivant le fleuve, je parviens en fin de journée à La Charité-sur-Loire, une magnifique petite localité de la Nièvre. J’ai particulièrement aimé me promener dans le centre historique. La Charité-sur-Loire appartient également à la réserve naturelle du Val de Loire. Y faire halte est indispensable !
Mercredi 26 mai 2021
9ème étape : La Charité-sur-Loire – Pouilly-sur-Loire – Sancerre – Saint-Satur – Bannay – Belleville-sur-Loire – Beaulieu-sur-Loire – Châtillon-sur-Loire (47 km et 88 m de D+)
Le pont qui mène à Pouilly-sur-Loire marque la moitié du parcours du fleuve entre la source et l’océan : 496 km de chaque côté. J’ai vérifié mon compteur : il affiche un total de 497 kilomètres ! Pour cette première partie du voyage, j’ai donc réussi à suivre la Loire au plus près !
Ce pont marque aussi l’entrée dans de nobles terroirs viticoles qui produisent notamment le pouilly-fumé et le sancerre ! Une petite dégustation me semble incontournable.
Sancerre est un village construit sur une colline entourée de vignobles. Sancerre compte surtout des blancs, mais également des vins rouges. C’est un terroir viticole mondialement connu. Les prix sont plutôt élevés. Comptez entre 40 et 100 euros la bouteille.
Le sancerre blanc est un vin sec, issu de sauvignon. Il accompagne délicieusement le crottin de Chavignol, un petit bourg situé non loin de Sancerre. Son fromage de chèvre AOP est un délice.
Jeudi 27 mai 2021
J’ai quitté le département du Cher pour entrer dans le Loiret. À Châtillon-sur-Loire, je découvre un écrin de verdure, des berges fleuries et agréables. Une petite pause ici me semble tout indiquée. Pas de vélo aujourd’hui !
La Loire fut jadis en France un axe de transport fluvial majeur. Mais l’arrivée du chemin de fer au milieu du XIXème siècle a précipité le déclin de la navigation comerciale. Aujourd’hui, il reste quelques bateaux traditionnels sur la Loire, mais la plupart sont des répliques. Ces bateaux ne servent plus au transport comme leurs ancêtres, mais juste à la plaisance. Et j’ai eu grand plaisir à laisser mon vélo sur la berge et à naviguer sur la Sterne avec Bertrand Deshaye, marin de Loire.
Vendredi 28 mai 2021
10ème étape : Châtillon-sur-Loire – Briare – Saint-Firmin-sur-Loire – Saint-Brisson-sur-Loire – Gien – Lion-en-Sullias – Sully-sur-Loire (42 km et 124 m de D+)
L’un des joyaux du Loiret est le pont-canal de Briare, il mesure 600 mètres de long et 6 mètres de large. Ouvert en 1896, c’est un pont métallique construit dans le style Eiffel. Il permet aux navires de plaisance et aux péniches de traverser la Loire, pour rejoindre la Seine. Et je peux vous dire que traverser la Loire à vélo, sur le pont-canal de Briare est toujours un grand moment ! Attention toutefois de ne pas tomber dans l’eau !
Voici maintenant la ville de Gien, réputée pour ses faïences. Et aussi pour le château d’Anne de Beaujeu, la fille aînée du roi Louis XI. Ce magnifique château témoigne des tous débuts de la Renaissance. Nous sommes ici aux portes de la Sologne.
Autre château de la Loire, celui de Maximilien de Béthune, plus connu sous le nom de Sully, le célèbre ministre du roi Henri IV. Le château de Sully-sur-Loire avait pour rôle de contrôler un pont sur la Loire, un pont qui aujourd’hui a disparu. Sa construction date du XIVème siècle. S’il garde à l’extérieur un aspect défensif. À l’intérieur, les fenêtres s’agrandissent pour laisser entrer la lumière. C’est l’amorce du style Renaissance. Henri IV, qui appréciait Sully, venait souvent rendre visite à son ministre des Finances et il dormait dans cette chambre.
Samedi 29 mai 2021
11ème étape : Sully-sur-Loire – Saint-Benoît-sur-Loire – Germigny-des-Prés – Châteauneuf-sur-Loire – Saint-Denis-de-l’Hôtel – Jargeau – Saint-Jean-Le-Blanc – Orléans (55 km et 147 m de D+)
J’ai compris en m’arrêtant à Brives-Charensac combien les crues de la Loire pouvaient être dévastatrices. Alors pour protéger de la fureur des eaux les populations et les terres agricoles, d’immenses buttes de terre ont été construites dès le règne de Charlemagne. Les levées de la Loire ont pour mission d’empêcher le fleuve de déborder et d’emporter tout sur son passage. Cela n’a pas toujours suffit. Mais les levées sont toujours là.
En fin de journée, après avoir traversé à vélo l’île Charlemagne, j’arrive à Orléans. J’aperçois les deux tours et la flèche de la cathédrale Sainte-Croix. Orléans est une ville très agréable à parcourir à vélo. Car le réseau de pistes cyclables est très étendu. Sur la grande place d’Orléans, appelée la place du Martroi, se trouve une statue équestre de l’héroïne locale. Il s’agit bien évidemment de Jeanne d’Arc, dont les armes frappées de deux fleurs de lys figurent en bonne place dans la rue qui porte son nom, face à la cathédrale Sainte-Croix.
Dimanche 30 mai 2021
Sur les traces de Jeanne d’Arc… Durant la guerre de Cent Ans, son arrivée à Orléans va remonter le moral des troupes françaises qui réussissent à chasser les Anglais de la ville. Le 8 mai 1429, pour remercier le ciel de cette victoire, Jeanne va prier en la Cathédrale Sainte-Croix d’Orléans. Dix magnifiques vitraux y retracent la vie de celle qui fut ensuite capturée par les Anglais et brûlée vive à Rouen en 1431. Elle n’avait que 19 ans.
Chaque année, à la date annversaire du 8 mai, Orléans rend hommage à sa libératrice lors d’une grande fête johannique.
Lundi 31 mai 2021
12ème étape : Orléans – Saint-Hilaire-Saint-Mesmin – Meung-sur-Loire – Beaugency – Avaray – Muides-sur-Loire – Saint-Dyé-sur-Loire – Chambord – Huisseau-sur-Cosson – Blois (80 km et 219 m de D+)
Et mon voyage continue avec quelques cyclistes de rencontre, un groupe de quatre étudiants partis en week-end sur les routes des bords de Loire. Comme la randonnée à pied, le vélo favorise énormément les rencontres et les échanges. Nous roulons ensemble jusqu’au château de Meung-sur-Loire. C’est là où fut emprisonné et torturé le grand poète du Moyen Age François Villon. Déjà interdit de séjour à Paris, car soupçonné d’un meurtre, Villon était cette fois accusé du vol d’un calice en or.
Sur les quais de Meung-sur-Loire, un anneau d’amarrage, témoignage d’un temps ancien et révolu : celui de la navigation commerciale sur la Loire. Jusqu’en 1850, avec l’apparition du chemin de fer, le trafic fluvial était important. On pouvait compter jusqu’à 15.000 bateaux qui circulaient dans les deux sens. La Loire était l’autoroute de la France.
L’époque a changé également en matière d’énergie. Aujourd’hui, la Loire compte 4 centrales nucléaires et 19 réacteurs. Voici ceux de Saint-Laurent-des-Eaux. Les centrales nucléaires ont besoin d’eau pour fonctionner, elles sont donc construites au bord des fleuves et l’aggravation de la sécheresse peut à terme poser un problème. L’eau puisée dans la Loire s’échappe de la tour de refroidissement sous la forme d’un panache de vapeur blanche. Je ne m’attarde pas devant ces grandes tours en béton et je me dirige vers une architecture beaucoup plus séduisante : celle du château de Chambord !
C’est le château de la démesure ! Avec 49 chambres, 426 pièces, 365 fenêtres et 77 escaliers, Chambord est le plus vaste des châteaux de la Loire. Et l’un des plus beaux de la Renaissance ! Voulu par François 1er après sa victoire à Marignan en 1515 pour affirmer sa puissance royale, le château de Chambord ne fut terminé qu’en… 1686 sous le règne de Louis XIV. Plus d’un siècle et demi de travaux !! François 1er ne vit jamais son rêve achevé.
Et je poursuis tranquillement ma route jusqu’à la ville de Blois, que baigne la douce lumière de la Loire. Ses jolies maisons à colombages, également appelées à pans de bois, sont caractéristiques de l’architecture médiévale.
Mardi 1er juin 2021
13ème étape : Blois – Chailles – Candé-sur-Beuvron – Chaumont-sur-Loire – Mosnes – Amboise – Montlouis-sur-Loire – Vouvray (62 km et 305 m de D+)
En sortant de Blois ce matin, je croise sur ma route des moutons solognots, typiques de cette région. Ils sont utilisés pour l’éco-paturage. Une manière écologique et silencieuse de remplacer les tondeuses à gazon. À cet instant, j’ai déjà parcouru 700 km… et je suis assez fier d’avoir parcouru une telle distance.
Bientôt, j’arrive à Amboise où vécut le jeune François 1er. En 1516, après ses campagnes militaires en Italie, le jeune roi fit venir à Amboise un peintre toscan appelé Léonard de Vinci. Dans ses bagages, il transportait le portrait d’une femme qui souriait d’une étrange façon…. C’était la Joconde. Depuis, ce tableau célèbre est resté en France et il fait la fierté du musée du Louvre. Léonard de Vinci passa trois ans à Amboise, avant d’y rendre l’âme en 1519. Il est enterré dans une petite chapelle du château d’Amboise. Depuis l’esplanade du château, la vue sur la Loire est superbe !
Nous sommes arrivés en Touraine, réputée pour son vignoble. Vouvray est un cru emblématique du Val de Loire. C’est un vin blanc effervescent, fin et délicat, très apprécié des rois de France… et aussi des cyclistes de passage.
Sur les bords de Loire, le vouvray est conservé dans des caves creusées dans le tuffeau. Il y a des dizaines de kilomètres de galeries. Le tuffeau est une pierre blanche, lumineuse et facile à travailler. Elle a été utilisée pour la construction de presque tous les châteaux de la Loire. Certaines de ces grottes ont été transformées en chambre d’hôte. Trois mots pour les qualifier : silence, obscurité et fraîcheur !
Mercredi 2 juin 2021
14ème étape : Vouvray – Rochecorbon – Tours – Joué-lès-Tours (20 km et 64 m de D+)
La Loire des jeunes années…
Aujourd’hui, ce sera une toute petite étape : j’ai envie de prendre mon temps et de savourer ces instants. Après être parti de Vouvray, je traverse Rochecorbon et ses habitats troglodytiques. Sur le fleuve, je m’arrête admirer des répliques de bateaux anciens. Et j’arrive enfin à Tours par la rive nord. Au loin, j’aperçois les deux tours de la cathédrale Saint-Gatien.
Tours est la ville où j’ai passé mon enfance et mon adolescence. C’est pour moi un grand moment d’émotion d’arriver jusqu’ici à vélo. Où que nous vivions, dit le poète, nous appartiendrons toute notre vie au pays de notre enfance…
Saint-Gatien est une très belle cathédrale gothique. Elle jouxte le cloître de la Psalette, où Honoré de Balzac situe l’action de son roman Le curé de Tours. Balzac est né à Tours en 1799. Il a profondément marqué la Touraine de son empreinte.
De la passerelle en fer qui traverse la Loire, je reconnais au loin le pont Wilson qui s’est effondré en avril 1978, il a été reconstruit à l’identique. Lorsqu’il s’est effondré, c’était un dimanche. Aucun véhicule ne se trouvait sur le pont à ce moment là et il n’y eut fort heureusement aucune victime.
Avec ses maisons à colombages, la Place Plumereau, surnommée place Plume, est un rendez-vous très prisé dans le Vieux Tours, notamment par les étudiants. L’université de Tours se trouve à deux pas, sur les bords de Loire où mouille cette gabarre, réplique d’un bateau de transport de marchandises. Traversant la ville de Tours, je rends visite à ma maman qui vieillit tout doucement dans sa maison de Joué-lès-Tours. Elle sera tellement heureuse de retrouver son grand fils !
Si vous aimez la littérature française, ne manquez pas de vous rendre à Saché. À une vingtaine de kilomètres de Tours se trouve la maison de Monsieur de Margonne, où Honoré de Balzac venait trouver le calme et la tranquillité. Il y venait aussi pour fuir son domicile parisien et échapper à ses créanciers. Voici le cabinet de travail où il a rédigé Le père Goriot, Le Lys dans la vallée et Les Illusions perdues.… Balzac était un bourreau de travail, il écrivait plus de 16 heures par jour. Buvant des litres de café, il n’aimait pas être dérangé et ne descendait que le soir venu, pour prendre ses repas dans cette salle à manger…
Jeudi 3 juin 2021
15ème étape : Joué-lès-Tours – Savonnières – le Bec du Cher – Bréhémont – Rigny-Ussé – Huismes – Chinon – Candes-Saint-Martin – Fontevraud-l’Abbaye (76 km et 350 m de D+)
Suivre la Loire par la rive nord n’est pas le chemin le plus agréable. J’ai donc choisi de suivre le Cher jusqu’à Savonnières, un charmant port fluvial à la confluence du Cher et de la Loire. C’est le Bec du Cher. Avec l’apport de ce nouvel affluent, la Loire occupe maintenant un espace important. Elle n’est plus la petite rivière des débuts, lorsqu’elle coulait en Ardèche.
En suivant la rive sud, je passe bien évidement par Villandry et son château médiéval transformé en demeure Renaissance. C’est le dernier grand château du Val de Loire…. Villandry est surtout célèbre pour ses jardins classés au patrimoine mondial de l’Unesco.
Provisoirement, je m’écarte de la Loire pour suivre la Vienne et faire un saut à Chinon, très belle ville médiévale. C’est ici que Jeanne d’Arc, venue à cheval de sa Lorraine natale, a rencontré le roi Charles VII en février 1429. Son objectif : sauver la France. Rien que ça ! Après mûre réflexion, le roi accepte finalement de lui confier une armée. Bien lui en a pris. Trois mois plus tard, Jeanne d’Arc entre victorieuse dans Orléans libérée des Anglais.
Le château de Chinon domine la Vienne qui s’apprête à se jeter dans la Loire à Candes-Saint-Martin.
À Seuilly, à quelques kilomètres de Chinon, se trouve la maison natale de François Rabelais, le père de Pantagruel et de Gargantua… Les fameuses guerres picrocholines se situent dans cette campagne tourangelle qui n’a pas tellement changé depuis le XVIème siècle.
Me voici à Candes Saint-Martin où la Vienne rejoint la Loire. Saint-Martin est ce soldat romain converti au christianisme avant de devenir évêque de Tours. Il est resté célèbre pour avoir donné la moitié de son manteau à un malheureux. Pourquoi seulement la moitié et pas son manteau tout entier ? Tout simplement parce que l’autre moitié était propriété de la Légion romaine. Saint Martin ne pouvait donc en disposer.
En arrivant dans le Maine-et-Loire, j’entre en Anjou… Fleuron de l’architecture religieuse, l’Abbaye royale de Fontevraud est l’une des plus grandes cités monastiques d’Europe. Fondée en 1101, cette abbaye avait la particularité d’accueillir des dames de très haut rang qui souhaitaient consacrer leur vie à Dieu. C’est le cas d’Aliénor d’Aquitaine, qui fut à la fois reine de France et reine d’Angleterre. On y trouve son gisant. Elle repose aux côtés de son fils Richard Cœur de Lion mortellement blessé dans le Limousin, lors du siège du château de Chalus. A ce titre, Fontevraud est devenu un haut-lieu de pèlerinage pour les touristes anglais.
Vendredi 4 juin 2021
16ème étape : Fontevraud-l’Abbaye – Candes-Saint-Martin – Turquant – Souzay-Champigny – Saumur – Chênehutte – Gennes-Val-de-Loire – Juigné-sur-Loire – Les Ponts-de-Cé – Angers (75 km et 370 m de D+)
À Souzay-Champigny, sur la route des ducs d’Anjour, m’attend un étonnant village troglodytique entièrement taillé dans la roche. Empruntant un étroit chemin pavé qui descend dans les profondeurs, je découvre avec étonnement un dédale de maisons et de rues souterraines datant du Moyen Âge. En quelque sorte l’ancêtre de nos actuelles galeries commerciales !
Soudain le ciel s’obscurcit et prend une couleur de plomb. Bientôt, il se met à pleuvoir. J’avais cru naïvement que je pourrais terminer mon voyage au sec. Mais non ! Et je roule vers Saumur sous un déluge qui tombe du ciel. La route s’est transformée en torrent, l’eau court partout. Trempé jusqu’aux os, malgré mon blouson soi-disant imperméable, je n’ai qu’une seule idée en tête : arriver au plus vite pour me mettre à l’abri. J’ai le coeur un oeu chagrin. J’aurais aimé visiter Saumur, son château médiéval et son Cadre Noir, sa prestigieuse école de cavalerie. Aussi liquide que moi, la Loire traverse la ville avec une tranquilité d’âme que je lui envie.
Chênehutte, Les Tuffeaux, Trèves, Cunault, Gennes : les bourgades noyées de pluie se succèdent. En face de moi, une île verdoyante et un bras de Loire. C’est ici, à Juigné-sur-Loire, qu’en juillet 1969, dix-neuf enfants d’un centre de loisirs se sont noyés, emportés par le courant. Les nombreux bancs de sable rendent très dangereuse la baignade dans le fleuve. La pluie cesse enfin…
Traversant la Loire aux Ponts-de-Cé, je poursuis mon voyage jusqu’à Angers, célèbre pour son château construit au XIIIème sièle par la reine Blanche de Castille. Il ne comporte aucune fenêtre extérieure, c’est un ouvrage colossal, purement défensif. Il s’agit de la plus imposante forteresse médiévale du Val de Loire. Elle compte 17 tours et un kilomètre de mur d’enceinte.
À l’intérieur, on peut y découvrir un véritable joyau : la Tenture de l’Apocalypse : c’est la version tapissée de l’Apocalypse de Saint-Jean. Elle mesure 140 mètres de long et 6 mètres de haut : c’est la plus grande Bande Dessinée au monde ! Conçue à la fin du Moyen Âge, elle raconte la lutte du Bien contre le Mal. La tenture est conservée dans la pénombre pour ne pas abîmer les couleurs.
Samedi 5 juin 2021
17ème étape : Angers – Bouchemaine – île de Béhuard – île de Chalonnes – Montjean-sur-Loire – Ingrandes – Saint-Florent-le-Vieil (50 km et 370 m de D+)
Béhuard est une toute petite commune installée sur une île. À ce titre, elle est soumise aux inondations et aux crues de la Loire. Beaucoup de maisons ont donc été rehaussées. C’est un endroit tout à fait charmant. Beaucoup de couples viennent d’ailleurs ici pour se marier. Personnellement, mon île préférée c’est l’Île de Chalonnes. Elle s’étire sur 14 kilomètres de long dans une nature totalement préservée…
Un peu plus en aval, se trouve Saint-Florent-le-Vieil et perché tout là-haut, le mont Glonne avec sa grande église abbatiale. C’est là que l’écrivain Julien Gracq, de son vrai nom Louis Poirier, venait se ressourcer. En 1951, il obtint le prix Goncourt avec Le Rivage des Syrtes, un prix qu’il refusa car il considérait que les prix littéraires étaient influencés par des considérations commerciales. Deux heures par jour, il venait se promener sur les bords de Loire. Une promenade porte aujourd’hui son nom.
Dimanche 6 juin 2021
18ème étape : Saint-Florent-le-Vieil – Ancenis – Oudon – Orée-d’Anjou – Mauves-sur-Loire – Nantes (56 km et 94 m de D+)
De bon matin, debout sur les pédales, j’ai pris le raidillon qui grimpe au sommet du mont Glonne. Saint-Florent-le-Vieil fut un haut-lieu de la Guerre de Vendée. Le 17 octobre 1793, l’armée vendéenne venait d’être vaincue à Cholet par les troupes républicaines du général Kléber. Mortellement blessé, le général Charles de Bonchamp fut contraint de se replier plus au nord avec son Armée catholique et royale. Mais un obstacle majeur barrait la route des insurgés à Saint-Florent-le-Vieil : c’était la Loire. De plus, les Vendéens avaient ramenés avec eux cinq mille prisonniers républicains. Les officiers royalistes ne savaient qu’en faire. L’idée de les exécuter sommairement se répandit. C’est alors que le général Charles de Bonchamps, agonisant, lança à ses hommes « Grâce aux prisonniers! ». Ce fut son dernier cri. Grâce à ce pardon, tous les républicains furent sauvés.
Dans l’abbaye bénédictine du mont Glonne se trouve le tombeau de Bonchamps. Une grande statue de marbre blanc le représente blessé à mort. Le pardon de Bonchamps n’aura guère d’effet sur la poursuite de la guerre. Après avoir franchi la Loire, tous les Vendéens furent rattrapés et massacrés. Hommes, femmes et enfants. « J’ai tout exterminé ! » écrira en décembre 1793 le général républicain Westermann au Comité de Salut Public.
Ancenis ! Me voici arrivé en Loire-Atlantique, aux marches de la Bretagne. L’océan n’est plus qu’à une centaine de kilomètres et l’onde de marée venue de l’estuaire commence à se faire sentir.
Jusqu’en 1532, le duché de Bretagne et le royaume de France se sont affrontés militairement. Les Bretons ont donc construit toute une ligne de défense allant de Nantes jusqu’au mont Saint-Michel. Une sorte de ligne Maginot, pour se protéger des Français. En 1532, le traité d’union de la Bretagne à la couronne de France mettra fin à des siècles de conflit. Les fortifications semi-enterrées d’Ancenis demeurent impressionnantes.
La fin du voyage approche. La campagne a désormais disparu et laissé place à la ville. Avec ses 660 000 habitants, l’agglomération nantaises est la plus importante du parcours de la Loire à travers la France. Avant la création de Saint-Nazaire, Nantes fut un grand chantier naval. Il est aujourd’hui fermé. Il reste, on la voit sur l’image, la grande grue jaune des chantiers Dubigeon. Dernier vestige d’un grand passé industriel.
Si le département de la Loire-Atlantique n’est plus aujourd’hui rattaché à la région Bretagne, c’est pourtant à Nantes que se trouve le château d’Anne de Bretagne. Son mariage avec Charles VIII, puis avec Louis XII scella en 1532 l’intégration progressive du duché de Bretagne au royaume de France. De nombreuses voix s’élèvent aujourd’hui pour demander la réunification des cinq départements de la Bretagne historique.
Lundi 7 juin 2021
Pas de vélo aujourd’hui. J’ai décidé de consacrer cette journée à la visite de la ville. Nantes est une ville riche en patrimoine historique et architectural : la place Graslin, la place Royale, la cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul… Mais l’un des lieux que je préfère est le Passage Pommeraye, une magnifique galerie marchande construite au milieu du XIXème siècle. C’est dans cette galerie que le cinéaste Jacques Demy a tourné son film Lola avec Anouk Aimée.
J’en profite aussi pour aller visiter le musée Jules Verne. L’auteur de Vingt Mille Lieues sous les mers est né à Nantes en 1828. C’est en regardant manoeuvrer les lourds bâtiments à voile dans le port lorsqu’il était enfant qu’il commença à rêver de voyages extraordinaires. Nous connaissons la suite…. Depuis plus d’un siècle, Jules Verne reste l’un des écrivains les plus lus au monde. Ses oeuvres ont été traduites dans plus de 140 langues.
Mardi 8 juin 2021
19ème étape : Nantes – Trentemoult – La Montagne – Le Pellerin – canal de la Martinière – Paimboeuf – Saint-Brevin-les-Pins (60 km et 194 m de D+)
Ce matin, j’ai repris mon vélo pour la dernière journée de ce parcours. J’ai du mal à imaginer que ce long voyage commencé en Ardèche va bientôt s’achever. Alors je prends mon temps, je roule tranquillement et j’essaie de retarder le moment de mes adieux avec la Loire. Je sens déjà qu’elle va me manquer. Et je prends le chemin qui me mène vers l’océan.
La Loire ayant une fâcheuse tendance à s’ensabler, il devenait de plus en plus difficile pour les bateaux nantais de rejoindre l’Atlantique. Au XIXème siècle, on creusa donc à la pelle et à la pioche, un canal de 15 kilomètres de long : le Canal de la Martinière. Devenu trop petit, il fut fermé 20 ans plus tard ! Ses berges font aujourd’hui le bonheur des cyclistes et des pêcheurs.
Quand on voit l’image suivante, on pourrait croire que l’on est déjà arrivé au bord de la mer. On voit un phare, des bateaux reposent sur la vase, on sent nettement l’influence de la marée. Et pourtant, c’est toujours le fleuve ! Nous sommes à Paimboeuf. Ce n’est pas encore l’océan, mais nous en approchons tout doucement.
Voici l’Estuaire de la Loire, découvert par la marée basse. Au loin, le pont de Saint-Nazaire, le plus long de France ; il fait plus de 3 kilomètres de long et 68 mètres de haut. Sous le pont, c’est toujours la Loire ! Elle est très large et n’a plus rien à voir avec le torrent impétueux que j’ai vu en Ardèche.
Point final de ce périple, Saint-Brevin-les-Pins. Une station balnéaire très agréable avec ses immenses plages de sable fin. Cette fois, c’est bien l’Atlantique… La Loire a disparu dans l’océan…. Tel l’Ulysse chanté par Du Bellay, la Loire a fait un beau voyage. Depuis sa naissance jusqu’à sa disparition, elle a accompli un long parcours, un trajet plein de méandres et de changements, un chemin de vie semblable au nôtre. Durant toutes ces semaines, j’ai aimé pédaler à ses côtés. Elle fut une compagne agréable. Merci la Loire !
Merci à vous de m’avoir suivi jusqu’ici ! Et si vous souhaitez en savoir davantage cette belle aventure, je vous conseille de lire La Loire en roue libre, publié aux Éditions Transboréal. Vous y ferez d’autres découvertes et bien des rencontres ! Bonne lecture et bonne route !
Crédits documents et photos
Carte du bassin de la Loire © Marc Alaux, Transboréal ; Journal L’Éveil de la Haute-Loire, édition du 21 septembre 1980 ; Portrait de Maximilien de Béthune, Château de Sully-sur-Loire ; Julien Gracq à Saint-Florent-le-Vieil © Getty ; Portrait de Jules Verne et Nantes au XIXe siècle © Musée Jules Verne à Nantes. Tous les autres documents ou photos sont © Jean-Louis Boudart
