Tour du Queyras en 4 jours
127 km et 7 830 m de D+ en mode trail
Dimanche 15 septembre 2019
1ère étape : Ceillac – Col des Estronques – Saint-Véran – Col de Chamoussière – refuge Agnel (5 h 50, 26,6 km et 2 080 m de D+)
Au gîte d’étape Les Baladins, mon adresse favorite à Ceillac, le point A sur la carte, j’ai passé une excellente nuit et ma journée commence tôt. Il est tout juste 7 heures et je suis le premier à être descendu prendre le petit-déjeuner. Je suis venu seul pour tenter de faire le tour du Queyras en quatre jours.
Vingt minutes plus tard, je me mets en route vers Le Villard et le col des Estronques en suvant le tracé du GR 58. Une montée assez raide qui m’amène à 2 651 m d’altitude après plus de 1 000 m de D+. Il est encore tôt et il n’y a personne. La météo est parfaite et la vue splendide !
Je suis heureux d’avoir vaincu cette première difficulté et je descends en courant comme un gosse. Le sentier est superbe et bien tracé. Il traverse d’abord des alpages, puis une forêt avant d’arriver à Saint-Véran, l’un des plus beaux villages de France, qu’il faut rejoindre en remontant vers le village, à 2 042 m d’altitude.
Direction le pont sur l’Aigue Blanche, un torrent qui coule au pied de la chapelle des Clausis. Arrivé au pont après un joli parcours en fond de vallée, il me faut remonter vers le col de Chamoussière (2 884 m). Devant moi, j’aperçois des VTTistes qui poussent leurs machines avec difficulté dans cette pente raide. Ce sont des Belges que je rejoins assez vite. Ils me rattraperont dans la descente.
Après avoir mangé un peu au col de Chamoussière, je reprends la route vers le refuge Agnel que je mettrai moins d’une demi-heure à rejoindre. Qu’il est agréable de courir après avoir peiné dans la montée ! J’arrivé au refuge peu après 13 h, fatigué mais heureux d’avoir bouclé cette première étape.
Sur le chemin, en montant vers Le Villard, j’ai croisé cette inscription sur un rocher « Le temps passe… Passe le bien ». Et c’est précisément ce qu’il me semble faire ici dans le Queyras !
Lundi 16 septembre 2019
2ème étape : Refuge Agnel – col Vieux – lac Foréant – lac Égorgeou – Ristolas – Colette de Gilly – Abriès (6 h 00, 30,8 km et 1 050 m de D+)
Il est 7 h 30 lorsque je quitte le refuge Agnel. La montagne est déserte et je suis heureux de me mettre en chemin. J’aime les matins. C’est comme un nouveau départ, une page blanche à remplir. Des instants privilégiés à savourer et j’en apprécie chaque seconde.
Je monte doucement vers le col Vieux (2 806 m) que j’atteins en 25 minutes. Tout va bien. Arrivé là-haut, je jette un coup d’oeil vers le Pain de Sucre et je lui tourne le dos pour dévaler le long sentier qui descend dans la vallée. Il est parfait pour courir et je m’en donne à coeur joie ! Je n’attends personne et personne ne m’attend. J’avance à mon rythme le long de deux lacs de montagne que je laisse à ma droite : le lac Foréant (2 618 m) et le lac Égorgeou (2 394 m). Il n’est que 8 h 30 et le soleil n’est pas encore levé dans cette partie de la montagne. Les eaux des lacs sont grises.
Il n’est pas encore 10 h 00 lorsque j’atteins Ristolas. je pensais pouvoir m’y ravitailler et manger quelque chose, mais le village semble ne posséder aucun commerce. Tant pis. Il me reste encore quelques barres énergétiques de la veille. Et je commence à attaquer la vraie difficulté de la journée : la Colette de Gilly (2 366 m). Une montée longue, épuisante et qui n’en finit pas. Une fois arrivé au sommet, je fais une pause pour me détendre les jambes avant de redescendre vers Abriès où j’arrive vers 13 h 30. Malheureusement, le gîte du Villard n’ouvre ses portes qu’à 16 h 00 !! J’aurais pu m’arrêter en chemin pour prendre des photos. Mais l’esprit de compétition l’a emporté sur l’admiration contemplative des paysages. Alors en attendant l’arrivée du gardien, je m’endors sur un banc et sombre aussitôt dans un profond sommeil.
Mardi 17 septembre 2019
3ème étape : Abriès – lac du Grand Laus – col du Petit Malrif -refuge des Fonts de Cervières – lac des Cordes – col de Péas – Souliers (8 h 34, 32,6 km et 2 270 m de D+)
Je quitte Abriès par le Chemin de Croix qui mène à Notre-Dame des Sept Douleurs. Mais pour l’instant, je n’ai mal nulle part et j’en remercie le Ciel ! La montée est raide et le village encore endormi disparaît peu à peu derrière moi. Le chemin est magnifique et traverse une forêt de mélèzes dans laquelle se niche un village en ruines en cours de réhabilitation : le Malrif. À 10 h 00, je parviens au lac du Grand Laus (2 579 mètres d’altitude). Ses eaux bleues sont si belles que je m’arrête quand même pour prendre une photo.
Je viens de grimper 1 000 m de D+ et il me faut encore monter jusqu’au Col du Petit Malrif perché à 2 805 m d’altitude. J’y parviens peu avant 11 h 00, heureux d’être enfin arrivé et après avoir plié mes bâtons pour mieux pouvoir courir, j’entame la descente vers les Fonts de Cervières, d’abord dans les schistes, puis dans les alpages. Le chemin est très agréable et c’est un bonheur d’évoluer dans cet environnement. Et j’enchaîne les kilomètres : les Fonts de Cervières (2 040 m), lac des Cordes (2 446 m), Col des Marsailles (2 601 m), Col de Péas (2 588 m). C’est une longue étape et il me tarde d’arriver à Souliers pour souffler.
Arrivé au gîte des Oules, chez Chantal Humbert, j’ai la bonne surprise de trouver un petit mot. Chantal est absente, mais je peux quand même accéder à ma chambre qui s’appelle « Les Lapereaux ». J’ai mal dans les cuisses et aux mollets. La douche chaude va me faire du bien ! Le soir, un excellent repas va achever de me requinquer : soupe aux légumes, magret de canard aux pêches et pommes de terre. Et en dessert, une succulente mousse au chocolat préparée par Chantal. Pour une fois, je me laisse tenter. Je l’ai bien méritée après tout !
Mercredi 18 septembre 2019
4ème étape : Souliers – Col du Tronchet – Col de Furfande – Col de Bramousse – Ceillac (9 h 50, 37,7 km, 2 430 m de D+)
C’est la quatrième et dernière étape. J’imagine qu’elle sera longue. Mais je ne sais pas encore qu’elle le sera autant. Je pars de Souliers à 8 h 00 après avoir pris mon petit-déjeuner avec Chantal. Direction le premier col de la journée, le col du Tronchet (2 347 m). La montée se fait sans difficulté et bientôt j’aperçois Brunissard en contrebas à 1 746 m d’altitude. J’ai 600 m de dénivelé à descendre pour rejoindre le village. Je cours quand je peux, quand l’état du sentier le permet. Je fais bien attention de ne pas me blesser. J’arrive à Brunissard à 9 h 45 et je prends un chemin qui monte doucement dans la forêt qui surplombe Arvieux. Réchauffés par le soleil, les mélèzes sentent bon.
Le GR 58 redescend ensuite dans un petit vallon jusqu’à la Combe Bonne (1 790 m) où court un torrent. Et je rejoins le col de Furfande (2 500 m), puis le refuge qui se trouve 200 m plus bas. Il est bientôt 13 h et je décide de m’y arrêter pour déjeuner car la faim me gagne. Je commande une belle omelette-salade que je dévore avec un bel appétit. Cela fait près de 5 heures que je marche et il m’en reste à peu près autant avant de rejoindre Ceillac. Ce sera une longue journée…
Après une demi-heure de pause, je remplis la poche à eau de mon gilet et je repars en direction des Escoyères. J’essaie de rester concentré et de lire les difficultés du chemin à mesure que j’avance en courant. J’ai toujours l’angoisse de me blesser. Je pourrais marcher bien sûr, mais j’éprouve une plus grande sensation de liberté en courant. Mon esprit s’évade parfois. Je pense à ma petite enfance, durant laquelle j’étais sanglé sur un lit, les deux jambes prisonnières dans des atelles. Les médecins avaient dit à ma mère que j’allais être handicapé à cause d’une malformation. Si je cours, c’est aussi pour elle. Pour la remercier de s’être battue pour moi.
Sans m’en rendre compte, j’ai quitté le GR 58. Au fil des heures, la lucidité diminue. Je me retrouve sur une route et je crains de m’être perdu, de devoir faire un long détour. Heureusement, grâce à la boussole je finis pas retrouver le sentier balisé qui n’en finit pas de descendre. J’aperçois le village de Bramousse sur la rive opposée, de l’autre côté de la rivière. Je désespère d’avoir à remonter tout ce que je viens de descendre. Je finis par rejoindre la route, traverse la D 902 et franchis le pont qui enjambe le Guil. Nous sommes à 1 185 m d’altitude.
Depuis le Col de Furfande, j’ai descendu 1 300 m de dénivelé. Et maintenant, il va me falloir remonter jusqu’à 2 251 m, jusqu’au Col de Bramousse. Ce sera interminable ! Cette ultime difficulté me paraît s’éloigner à mesure que j’avance. Arrivé aux chalets de Bramousse, je n’en peux plus, j’ai envie d’en terminer. Le col arrive enfin ! J’ai réussi à vaincre la dernière difficulté, mon 10ème col en quatre jours !
Maintenant, il ne me reste plus qu’à descendre jusqu’à Ceillac. Et contre toute attente, il me reste encore des forces pour courir. C’est sans doute la faim qui ne fait accélérer ainsi, car je ne veux pas manquer le repas. Et je cours jusqu’au bout. Bientôt j’aperçois Ceillac, le clocher de l’église Sainte-Cécile, je la dépasse et je cours encore. Jusqu’au gîte, j’arrive au sprint comme s’il s’agissait d’une course. Mais il n’y a personne pour m’accueillir. Tant pis.
C’est fini ! Au cours de cette longue journée, j’ai accumulé 2 430 m de D+ et 2 590 m de D- ! Je suis fatigué, mais heureux d’avoir pu boucler ce tour du Queyras en quatre jours. Je n’ai pas vraiment pris le temps de m’arrêter pour prendre des photos. Ce sera pour une autre fois…
Bilan : 30 h 14, 127,7 km et 7 830 m de D+, soit une moyenne quotidienne de 7 h 33, 31,9 km et 1 957 m de D+.
(À noter que les horaires indiqués tiennent compte des temps de pause).
Cartographie © Komoot
