Traversée de La Réunion

182 km en suivant le GR R2

Itinéraiire GRR2 La Réunion

Le GR R2 traverse l’île de La Réunion du nord au sud. Long de 135 kilomètres, c’est le parcours qui cumule la distance la plus longue et le dénivelé le plus important. C’est aussi un défi pour tous les passionnés de  randonnée ! 

Dimanche 1er octobre 2017

Ce n’est pas vraiment la Providence qui m’a mené jusqu’ici…. Plutôt le désir puissant et ancien de venir user mes semelles sur ce parcours réputé difficile : 135 kilomètres et plus de 8 500 mètres de dénivelé positif. Le tout en climat tropical ! Un parcours que je vais réaliser tranquillement, car il y a trois mois une nouvelle blessure au tendon d’Achille m’empêchait de poser le pied droit par terre… Alors est-ce bien raisonnable de faire quand même cette randonnée entre Saint-Denis et Saint-Philippe ?

Sans doute pas… mais il est vrai que je vais marcher sur le tracé mythique de la Diagonale des Fous ! En octobre 2016, l’épreuve a été remporté par le Français François D’Haene en 23h 44’ 57 ! Le parcours, la distance et son dénivelé variant au gré des éditions, il est difficile d’établir un record de l’épreuve en temps. Une chose est sûre, je pense mettre un peu plus… Départ mercredi prochain à l’aube…

Forêt de La Providence

Lundi 2 octobre 2017

Dans le tan lontan…

C’est en 1642 que les Français découvrent La Réunion. Ils en prennent aussitôt possession et la baptisent Île Bourbon en hommage au Roi de France, Louis XIII. Les premiers colons ne s’installèrent sur l’île qu’en . Depuis cette date, l’île Bourbon fut habitée en permanence. Elle devient l’île de La Réunion en 1794 en référence à la réunion des Etats Généraux.

L’époque coloniale a été marqué par la construction de splendides demeures. Elles se nomment Maison Carrère, Maison Payet ou Maison Bénard. Ces vieilles maisons, aujourd’hui superbement restaurées, témoignent de l’architecture créole de La Réunion. Aux XVIIIème  et XIXème siècles, elles étaient habitées par les familles aisées de l’île. 

Maison La Réunion
Intérieur maison La Réunion
Maison La Réunion

Dans ces grandes maisons cossues  de La Réunion, la nénène jouait un rôle important. À la fois nourrice, bonne d’enfants ou gouvernante, la nénène est présente dans le cœur de nombreux Réunionnais, comme en témoigne ce texte du groupe Pat’Jaune : « Mon nénène y habit un ti caz en bois, un ti cabane couleur zortensia. Quand mi pass par le sentier fougère, ti marmaille travail avec son l’odeur, les arome avec fraises des bois donne ou ces couleurs. C’est mon ti paradis, mon passé »…

Mais la nostalgie de l’enfance ne doit pas faire oublier que ces nénènes étaient des esclaves. À La Réunion, l’esclavage n’a été aboli qu’en 1848…

Famille La Réunion
La nénéne

Mardi 3 octobre 2017

À Saint-Denis, de bon matin, je descends à pied la rue de Paris et j’aperçois au fond le bleu de l’Océan Indien, vide de tout bateau. Face lui, la belle balade du front de mer… Là où se trouvent encore les lourds canons chargés jadis de défendre l’île Bourbon contre une attaque des Anglais… C’est là également qu’est érigée une statue de Roland Garros, un nom indissociable du tennis français. Cet enfant de La Réunion, né à Saint-Denis en 1888, fut aussi un héros de l’aviation, tué en combat aérien en 1918 lors de la Première Guerre mondiale. La plage noire est constituée d’une multitude de galets de lave. Il est interdit de s’y baigner. Un panneau rappelle la présence des requins dans ces eaux.

Le front de mer à Saint-Denis, c’est aussi l’occasion de se poser traquillement au Barachois pour y déguster un carry poulet massalé, un rougail saucisse ou un poisson gros piments…. Avec une Dodo bien sûr ! La Dodo lé La !

Saint-Denis-de-La Réunion
Statue de Roland Garros à La Réunion
Saint-Denis-de-La Réunion
Saint-Denis-de-La Réunion

Mercredi 4 octobre 2017

1ère étape : Saint-Denis – La Providence – Le Brûlé – Mamode Camp – gîte de La Roche Écrite (17 km et 1 800 m de D+)

Il est 6 h 00, le jour est levé. Retour dans la forêt de La Providence. Je pars pour la première étape de la traversée de La Réunion : 17 km d’ascension ininterrompue à travers les camphriers, les benjoins et les bambous gaulette. Ce sera un test grandeur nature pour vérifier l’état de mon tendon d’Achille. Le plat du jour (si j’ose dire) : 1 800 m de dénivelé positif jusqu’au refuge de La Roche Écrite… Une marche de 7 h 00 annonce le panneau de départ du GR R2. Une belle entrée en matière !

Départ du GGR2 La Réunion
Jean-Louis Boudart
GRR2 La Réunion

Le soleil monte rapidement, en même temps que la chaleur. Je parviens au Brûlé à 8 h 40. C’est le dernier village avant La Roche Écrite. Sur les hauteurs couvertes d’une forêt dense, les nuages commencent à s’accumuler. La pluie est annoncée pour cet après-midi

Il est 12 h 15 lorsque je rejoins le refuge de La Roche Écrite, à 1 839 mètres d’altitude. J’aurais mis un peu plus de 6 h 00, sans aucune douleur au tendon d’Achille. C’est plutôt rassurant… La brume descend doucement sur les chalets de La Roche Écrite. Dans l’après-midi, les marcheurs arrivent les uns après les autres. Il y a des Belges lourdement chargés. Et deux randonneurs venus de la Marne, Sandrine et Philippe. Il fait de plus en plus humide, le brouillard est dense, il se met à pleuvoir. La météo avait vu juste. J’ai bien fait de partir tôt.

GRR2 La Réunion
GRR2 La Réunion
GRR2 La Réunion

Jeudi 5 octobre 2017

2ème étape : Gîte de La Roche Écrite – sommet de La Roche Écrite – Dos d’Âne (18 km et 1 380 m de D+)

Ce matin, le soleil est revenu sur le refuge de La Roche Écrite. Après le petit-déjeuner, je pars pour la première ascension de la journée : le sommet de La Roche Écrite, culmine à 2 276 mètres d’altitude. J’arrive au signal géodésique indiquant le sommet en moins d’une heure. Et le spectacle qui m’attend est de toute beauté ! Je découvre ébahi les cirques de Salazie et de Mafate. Le relief est tourmenté, les pentes sont abruptes : c’est un paysage de l’aube de l’humanité. Je reste plus d’une heure à contempler ce décor fantastique dont je ne parviens pas à me détacher.

Vue de La Roche Écrite, à La Réunion

Vers 10 h 00, je reprends la route vers Dos d’Âne, mon objectif de la journée. Le sentier serpente au milieu d’une forêt luxuriante, d’arbres chargés de mousse et de lichens. À cause de l’humidité ambiante, les passages boueux et les racines des arbres glissantes rendent la progression parfois délicate. J’ai été bien inspiré en m’équipant de bâtons de marche : ils m’ont plusieurs fois permis d’éviter la chute ! Je marche seul, simplement accompagné par le chant des tuit-tuit, des petits passereaux qu’on trouve uniquement dans cette partie de l’île, et j’essaie de m’imprégner de cette atmosphère tropicale, de cette moiteur, de cette végétation aux multiples formes. C’est un véritable paysage de préhistoire !

GRR2 La Réunion
Jean-Louis Boudart
GR R2 La Réunion

Le soir au gîte de Dos d’Âne, je rencontre pour la première fois Patrick et Isa. Ce sont des Bretons du Finistère nord. J’ignore encore à ce moment qu’ils deviendront des amis. 

Vendredi 6 octobre 2017

3ème étape : Dos d’Âne – La Porte – Aurère (14,8 km et 252 m de D+)

Je ne marche plus seul. Je forme désormais un petit groupe avec Isa et Patrick. Nous avançons dans une nature exubérante qui partout nous environne. En marchant, nous entendons autour de nous les gémissements d’immenses tiges de bambou que le vent agite. Nous grimpons et nous descendons des centaines de marches, plus hautes les unes que les autres. C’est un escalier de géant et je plains celles et ceux qui ont de petites jambes ! Le sentier progresse à flan de falaise est très raide, mais la vue est splendide !

En suivant le sentier panoramique, nous arrivons tranquillement à Aurère et à l’auberge de Piton-Cabris. Il règne ici un calme parfait. Le temps s’écoule doucement, au rythme lent des nuages qui traversent le ciel de Mafate. Saint-Denis me semble bien loin désormais.

Le soir, nous dînons au Mafatais, chez Gladys et Ludovic. Une belle tablée réunit les randonneurs autour d’un carry boucané et d’un énorme plat de riz. Chacun évoque ses voyages passés, ses coups de coeur : l’Alaska, la Nouvelle-Zélande, la Namibie, le désert du Hoggar… Dehors, la nuit est tombée. Un silence absolu règne sur Mafate…

Traversée de La Réunion
Traversée de La Réunion
Traversée de La Réunion

Samedi 7 octobre 2017

4ème étape : Aurère – Îlet à Malheur – La Plaque – Îlet à Bourse – Grand Place les Hauts (7,8 km et 758 m de D+)

Il fait frais ce matin. Le cirque de Mafate est peu à peu éclairé par le soleil qui s’élève peu à peu. Mafate est une véritable île à l’intérieur de l’île ! Dans cet ancien cratère volcanique, pas de routes, pas de voitures, pas de panneaux publicitaires, pas de centres commerciaux… mais un petit paradis sur Terre où l’accueil des Mafatais n’a d’égal que la paix qui y règne, la luxuriance de la végétation et la beauté sauvage du site. L’endroit étant inaccesible autrement qu’à pied ou en hélicoptère, les Mafatais vivent quasiment coupés du monde extérieur et ils en sont très heureux. Certains d’entre eux ne sont même jamais allés à Saint-Denis !

Le sentier descend en pente douce à travers la forêt de bambous géants. Le sol est jonché d’aiguilles de filaos formant un tapis moelleux. Le sentier plonge ensuite dans la ravine et remonte brutalement sur l’autre rive. J’ai de bonnes sensations, je monte sans effort et sans difficulté. Je me grise du rythme cardiaque qui accélère et des foulées qu’il faut allonger pour monter les interminables volées de marches. 

Traversée de La Réunion
Jean-Louis Boudart
Traversée de La Réunion

Le sentier plonge ensuite dans la ravine et remonte brutalement sur l’autre rive. J’ai de bonnes sensations, je monte sans effort et sans difficulté. Je me grise du rythme cardiaque qui accélère et des foulées qu’il faut allonger pour monter les interminables volées de marches. 

L’étape d’aujourd’hui est courte. Prévue pour 4 heures selon le topo-guide, je la boucle en 3 heures à peine. Arrivé au gîte de Mafate, c’est un spectacle grandiose qui s’offre à moi.  Le relief tourmenté, chaotique, sauvage baigne dans un silence total. Je n’entends que la chanson du vent dans les branches des filaos.

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Dimanche 8 octobre 2017

5ème étape : Grand Place les Hauts – Îlet des Orangers – Roche Plate (11,3 km et 350 m de D+).        

Pour profiter de la fraîcheur matinale, je suis parti de bonne heure. J’ai marché seul jusqu’à Cayenne avant de retrouver Isa et Patrick du côté du hameau de Cayenne. Nous avons ensuite cheminé ensemble jusqu’à la rivière des Galets que nous avons franchi sur une passerelle, puis nous avons remonté sur l’autre rive par un sentier très pentu.

Après l’îlet des Orangers et la ravine Grand-Mère, la remontée jusqu’à la Brèche est brutale. J’essaie de suivre deux marcheurs qui portent des gilets de trail, mais je n’y parviens pas. Mon sac est trop lourd. Ils me distancent sans peine. Mais je suis déjà heureux de pouvoir avancer sans avoir mal au tendon d’Achille. Il est vrai que je profite pleinement des après-midis pour récupérer.

À Roche Plate, je suis tranquillement installé sur la terrasse de chez Juliette. Blandine et Guillaume jouent aux cartes. Pascal vient nous rejoindre pour le repas que nous prenons tous les quatre. Venus des Deux-Sèvres, Pascal est un coureur à pied sympathique avec lequel je m’entends immédiatement.

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Lundi 9 octobre 2017

6ème étape : Roche Plate – La Nouvelle – Marla (13,5 km et 1 100 m de D+). (4h40)

Départ de Roche Plate. Ce matin, le ciel est toujours bleu. Le cirque de Mafate est toujours aussi beau. En suivant le sentier qui serpente dans la forêt de filaos, je rejoins Isa et Patrick. Nous marchons un moment tous les trois en parlant de la Bretagne, puis je rejoins Luc et sa femme Christine, originaires du Nord de la France. Ensemble, nous entamons une descente vertigineuse  le long de la falaise pour parvenir à la rivière des Galets où nous retrouvons le groupe de Philippe et Sandrine. Le groupe des randonneurs de Mafate est désormais constitué. 

Traversée de La Réunion
La rivière des Galets, à La Réunion
Les Randonneurs de Mafate

Le plaisir de randonner à La Réunion ne tient pas seulement à la majesté des paysages et à l’hospitalité des natifs de l’île. La Réunion s’apprécie également par sa musique et sa poésie… Vocalises des Tuit-tuit dans les frondaisons, bruissement du vent dans les filaos et les bambous géants, musique des sources dans les sous-bois. Et poésie des noms de sites ou de lieux-dits : la Roche Écrite, dos d’Âne, le piton Tortue, Sans-Souci, la ravine Grand-Mère, Bord Bazar, la source Piment, le piton Fleurs Jaunes, le piton Marmite, la cascade du Bras-Rouge… Comment dans cette île ne pas avoir envie de gravir la Roche Merveilleuse ou d’aller faire une sieste dans la Plaine des Fraises ?

Traversée de La Réunion
Traversée de La Réunion
Traversée de La Réunion

J’avance plus  vite que le groupe. Bientôt, je rejoins deux autres randonneurs : Pascal et Sébastien, un ancien de la Marine Nationale. Jusqu’à Marla, nous traversons ensemble des paysages sublimes… et parfois vertigineux. Cette fois, l’allure est plus rapide, plus sportive et nous progressons vite. Le plaisir de la randonnée est aussi de faire tourner la machine, sentir tout son corps fonctionner comme une belle mécanique. Nous dépassons souvent d’autres randonneurs, plus lourdement chargés que nous. Le secret : voyager léger !

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Jean-Louis Boudart
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Mardi 10 octobre 2017

7ème étape : Marla – col du Taïbit – cascade du Bras Rouge – Cilaos (13,2 km et 1 090 m de D+)

Après une nuit plutôt ventée, Pascal, Sébastien et moi repartons en direction du col du Taïbit qui sépare les cirques de Mafate et de Cilaos. Il culmine à 2 081 mètres d’altitude et selon le poteau indicateur, se trouve à 1 h 30 de marche. Je me sens bien et force un peu l’allure. Je grimpe à plus de 3 km/h, ce qui est assez rapide et je mets 42′ pour atteindre le col. Je suis heureux de me sentir vivant et en pleine forme. Lorsque Pascal et Sébastien arrivent à leur tour, nous redescendons ensemble vers le cirque de Cilaos. Encore 4 heures de marche. Et la descente s’avère fastidieuse. Des centaines de marches à enchaîner sur des sentiers étroits et malaisés. Le sentier descend encore dans la forêt, avant d’atteindre la cascade du Bras Rouge. Cette journée me paraît plus fatigante que les précédentes. Sans doute ai-je trop forcé dans l’ascension du Taïbit. Je réduis l’allure et je profite du paysage avant de rejoindre Cilaos, ses rues, son bruit et sa circulation. Je n’ai pas croisé de voitures depuis mon  départ de Saint-Denis il y a une semaine !

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Mercredi 11 octobre 2017

8ème étape : Cilaos – coteau de Kerveguen – refuge de la Caverne Dufour (8,6 km et 1 210 m de D+)

Ce matin, Pascal est parti de son côté en direction de Hellbourg et Salazie. Sébastien et moi poursuivons notre route sur le GR R2 vers notre objectif : le Piton des Neiges, point culminant de La Réunion et de l’Océan Indien (3 070 m).

Mais avant d’y arriver, il faudra monter ! Partis de Cilaos à 1.200 m d’altitude, nous devons d’abord grimper jusqu’au refuge de la Caverne Dufour situé 1 200 mètres plus haut. Une fois encore, l’ascension sur le sentier en lacets est éprouvante, mais nous dépassons rapidement la couverture nuageuse qui s’étend au dessous de nous comme une mer immaculée. Le spectacle est fascinant ! Nous avons l’impression d’être à bord d’un avion et de survoler les nuages. La beauté du monde !

Après des dizaines de lacets et des centaines de marches, nous arrivons au coteau Kerveguen et découvrons le gîte un peu plus bas. Demain, nous monterons au sommet du Piton des Neiges en pleine nuit. Départ prévu à 4 h du matin !

Jean-Louis Boudart
Traversée de La Réunion

Jeudi 12 octobre 2017

Il fait frais, mais pas froid. Sur le flanc de la montagne, les lampes frontales se suivent à la queue leu leu comme une longue chenille lumineuse. Comme prévu la veille, nous quittons le refuge à 4 heures du matin pour aller assister au lever du soleil depuis le sommet du Piton des Neiges.

La progression entre les rochers à la seule lueur de nos frontales n’est pas évidente. Et même parfois assez difficile jusqu’à la moitié d’un parcours prévu en 2 heures selon le topo-guide. Je mettrai 1 h 15. Pourquoi toujours ce besoin de marcher vite ? Pour impressionner les autres ? C’est ridicule. Lorsque j’arrive au sommet, je suis trempé et je dois mettre ma veste polaire. 

Un spectacle grandiose nous attend. Le ciel se colore peu à peu d’orangé, la lumière du matin inonde la couche de nuages. Nous sommes une cinquantaine à être montés voir ce lever de soleil et bientôt, nous voyons les premiers rayons de l’astre monter dans un ciel devenu limpide. Alexis, un guide réunionais qui randonne avec un couple a emporté une bouteille de champagne. Nous trinquons ensemble pour fêter ça !  Moment magique !

Piton des Neiges
Piton des Neiges
Piton des Neiges

En redescendant, n’ayant plus de sac à dos sur les épaules et devenu euphorique, je me mets subitement à courir et rejoins le refuge en 45 ‘. La moitié du temps prévu. Pourquoi je fais ça ? Je n’arrive décidément pas à être raisonnable. Résultat, je ressens une vive douleur sous le voûte plantaire du pied droit. J’espère que ce n’est pas grave. Mais il faut vraiment que je réfléchisse à ma manière de randonner.

De retour au refuge, Sébastien et tous mes compagnons de voyage ont continué leur route vers Bourg-Murat, l’étape suivante. Et je me retrouve à nouveau tout seul, comme au début. Je m’en veux énormément d’être descendu aussi vite et mon moral est en berne. Après avoir longuement massé ma voûte plantaire, je reste tout l’après-midi allongé sur mon lit dans le dortoir vide. En espérant une amélioration…

La brume est désormais tombée sur le Piton des Neiges, devenu totalement invisible. 

Vendredi 13 octobre 2017

9ème étape : Refuge de la Caverne Dufour – Bourg Murat (18 km et 1 594 m de D+)

Comme la veille, les occupants du refuge se sont levés tôt pour aller gravir le Piton des Neiges. Lorsque tout le monde est parti, je me retrouve seul dans le dortoir. Je prépare tranquillement mes affaires pour reprendre la route. Cette journée de repos m’a fait du bien. Le soleil monte doucement dans un ciel clair. Ma voûte plantaire semble aller mieux et je vais avancer doucement pour vérifier si tout va bien. Pas envie de rester ici plus longtemps et je prends à mon tour la direction de Bourg-Murat. Avec précaution. On ne part pas en randonnée un vendredi 13 sans une certaine appréhension…

Le piton des Neiges est un ancien volcan et le sentier qui descend vers la plaine est couvert de blocs de lave. Au milieu d’une végétation converte de lichen, j’avance avec précaution avec comme seul objectif de ne pas me blesser davantage. Aussi loin que porte ma vue, il n’y a personne. Le silence est absolu. De chaque côté du chemin, la végétation devient de plus en plus dense, plus verte, plus humide. Une véritable jungle ! Le sentier se couvre de boue. Des branchages ont été jetés en travers pour éviter de s’y enfoncer.

Traversée de La Réunion
Traversée de La Réunion
Traversée de La Réunion

La forêt laisse ensuite place aux vastes espaces de la plaine des Cafres. Je retrouve une atmosphère moins sauvage, plus agricole avec des vaches, des barbelés, des tracteurs et une odeur d’herbe fraîchement coupée. En arrivant à Bourg-Murat, je suis rassuré : ma douleur au pied a disparu…

Samedi 14 octobre 2017

10ème étape : Bourg Murat – Piton Rouge – Piton Misère – Griffe du Diable – gîte du Volcan (22 km et 1 603 m de D+)

Ambiance écossaise ce matin à Bourg-Murat : bruine, brouillard et aucune visibilité. C’est la première fois depuis le départ à Saint-Denis que je sors la housse de pluie et la veste imperméable. Sur le GR R2, après avoir franchi le Piton Rouge et en direction du Piton Misère, je dois emprunter un sentier impraticable. Une mare de boue gluante où je m’enfonce à deux pieds. Je manque même à plusieurs reprises d’y laisser une chaussure ! 

Traversée de La Réunion
Jean-Louis Boudart
Traversée de La Réunion

En remontant sous le Piton Textor, je rejoins plusieurs autres randonneurs alors que le brouillard ne semble pas décider à se lever. Nous avançons ensemble en tentant de ne pas perdre de vue les marques rouge et blanche du sentier. En contrebas, dans une trouée entre les nuages et la brume, nous distinguons la piste tracée dans la Plaine des Sables qui mène à la Griffe du Diable, puis au gîte du Volcan. Ce vaste site volcanique est le seul endroit plat de la journée ! 

Traversée de La Réunion
Traversée de La Réunion
Traversée de La Réunion

Dimanche 15 octobre 2017

11ème étape : gîte du Volcan – Piton de la Fournaise – gîte de Basse Vallée (32,5 km et 1 200 m de D+)

Ce matin, je ne m’attarde pas. Lever à l’aube pour préparer rapidement mes affaires. Le topo-guide prévoit 11 heures de marche pour rejoindre le sommet du cratère Dolomieu qui culmine à 2 632 mètres d’altitude, revenir au refuge et repartir en direction du gîte de Basse Vallée. Je prends donc le chemin du Pas de Bellecombe, la porte d’entrée du Piton de la Fournaise. Sur le parking, il y a déjà beaucoup de monde. Quand je pense que je suis venu de Saint-Denis à pied pour arriver au même endroit que tous ces automobilistes !

Après la descente du Pas de Bellecombe, j’arrive sur un sol lunaire marqué de repères à la peinture blanche. C’est facile, il n’y a qu’à suivre les traces jusqu’au sommet ! Après une longue ascension au milieu d’un chaos de roches tranchantes et de blocs de lave, je parviens enfin au sommet. J’y retrouve peu après quelques compagnons de route : Luc et Christine, puis Benjamin, Gaétan et Charles. Séance photo souvenir. C’est une belle victoire !

Avec plus d’une centaine d’éruptions depuis le début du XXème siècle, la Fournaise est considéré comme l’un des volcans les plus actifs de la planète. Du bord du cratère, nous avons vu quelques fumeroles s’échapper de la gueule géante du volcan. Nous ne nous attardons pas trop longtemps au sommet. On ne sait jamais…

Piton de la Fournaise
Piton de la Fournaise
Jean-Louis Boudart

Il s’agissait de la dernière ascension de ce périple, 600 mètres de montée ! C’est aussi l’avant-dernière étape de ce GR R2 avant d’arrivéer à Basse Vallée. En descendant du cratère, nous traversons à nouveau le sol désertique de la Plaine des Sables. On a marché sur la Lune !

La Plaine des Sables, La Réunion

Lundi 16 octobre 2017

12ème étape : Gîte de Basse Vallée – Basse Vallée (5,3 km et 36 m de D+)

Situé sur la côte sud de La Réunion, Basse-Vallée est le terminus du GRR2. Pour profiter pleinement de cette ultime et courte étape, je prends tout mon temps.  L’heure du bilan est venue, celle des adieux également…

Si j’en crois les données fournies par ma montre GPS, en cumulant le tracé officiel du sentier, les parcours de liaison pour rejoindre les hébergements et les trois ascensions réalisées (La Roche Écrite, le Piton des Neiges et le Piton de la Fournaise), j’ai marché 182 kilomètres, grimpé 12 373 mètres de dénivelé et descendu autant. Tout cela en douze étapes. Ce n’est pas l’exploit réalisé par les ultra-trailers de la Diagonale des Fous (devenue depuis 1989 le Grand Raid), mais un peu de repos sera néanmoins le bienvenu !

Traversée de La Réunion
Traversée de La Réunion
Jean-Louis Boudart

Après avoir vécu ensemble des jours d’efforts intenses et d’amitié partagée dans des paysages de rêve, c’est aussi le moment de se séparer… Merci à vous tous pour votre bonne humeur et votre convivialité : Sébastien, Pascal, Patrick et Isabelle, Philippe et Sandrine, Hervé et Léonie, Luc et Christine, Benjamin, Charles et Gaétan. Merci également aux Réunionnais pour leur formisable accueil et leur gentillesse : Paul-Henri, Brice, Nicolas et Virginie, Ludovic et Gladys, Jojo et Nico…

Merci aussi à mon kiné Matthieu Schmidt pour ses soins attentifs et une préparation physique au top. Malgré les multiples difficultés du terrain, je termine cette traversée en bon état !

J’adresse une mention spéciale à Laetitia Regourdal. C’est elle qui m’a donné envie de venir marcher à la Réunion, qu’elle appelle l’Île Bonheur. Et je crois bien qu’elle a raison…

Bilan : 12 étapes, 182 km et 12 373 m de D+, soit une moyenne quotidienne de 15,1 km et 1 031 m de D+ !

Cartographie © FFRP