Le Mare a Mare Nord
La traversée de la Corse d'est en ouest
Quand on parle de traversée de la Corse, un nom revient immédiatement : le GR 20. Il existe pourtant un autre itinéraire moins connu, moins fréquenté, mais tout aussi beau : le Mare a Mare Nord qui relie Moriani à Cargèse en traversant l’île d’est en ouest. Les deux itinéraires partagent plusieurs caractéristiques qui font l’identité de la montagne corse. Ils se croisent d’ailleurs dans le secteur du col de Vergio, au col au cœur de l’île.
Pour le randonneur, l’ambiance générale est assez proche : montagne, villages isolés, longues ascensions et sentiment d’aventure permanente. C’est ce qui pousse certains à comparer le Mare a Mare Nord, comme la petite sœur du GR 20. Il est cependant moins long, moins technique, plus roulant que le GR 20.
C’est une autre manière de traverser la Corse.
Samedi 5 septembre 2026
1ère étape : Moriani – San Nicolao – Tribbiolu – I Penti (11,1 km et 720 m de D+)
Retour en Corse… Après le vélo en juin, c’est à pied cette fois que je vais traverser l’Île de Beauté !
Ce matin, depuis Moriani, nous prenons le départ du Mare a Mare Nord (160 km et plus de 7000 m de D+) : un magnifique itinéraire qui traverse la Corse d’est en ouest à travers villages, forêts et montagnes.
Je partage cette aventure avec Isabelle et Patrick, deux amis finistériens rencontrés en 2017 lors de la traversée à pied de La Réunion. Depuis, nos chemins se retrouvent régulièrement quelque part sur un sentier. Neuf ans plus tard, c’est une autre île qui nous rassemble.
Et maintenant, cap à l’ouest !
Pour Isabelle et Patrick, c’est une première : ils vont découvrir la Corse, ses sentiers, son relief, ses villages perchés et ses paysages. De mon côté, forcément, quelques souvenirs reviennent.
En septembre 2018, j’avais parcouru l’intégralité du GR 20, de Calenzana à Conca, un itinéraire devenu mythique… et très fréquenté ! Huit ans plus tard, je retrouve les sentiers corses, mais dans un tout autre registre : le Mare a Mare est beaucoup plus tranquille et moins exigeant. Pour l’instant du moins…
Cette première étape sous le généreux soleil corse est une belle entrée en matière et nous retrouvons tous les trois beaucoup de plaisir à marcher ensemble. Ce soir, nous dormons au gîte Luna Piena. Un lieu idéal pour se reposer. Il y a même un terrain de pétanque !
Demain, on continue vers l’ouest !
Dimanche 6 septembre 2026
2ème étape : I Penti – Santa-Reparata-di-Moriani – Cicerale – Bocca di Sambuchi – Bocca di Frate Morto – Sant’Alesiu – Valle d’Alesani (13,2 km et 710 m de D+)
Nous sommes seuls sur les sentiers corses ! Certes le Mare a Mare Nord est moins fréquenté et moins connu que le GR 20, mais quand même ! Aujourd’hui encore, tout comme hier, nous n’avons croisé aucun autre randonneur sur cette deuxième étape entre I Penti et Valle d’Alesani. Après tout, profitons de cette tranquillité !
Lundi 7 septembre 2026
3ème étape : Valle d’Alesani – Perelli – Pianello (14,6 km et 850 m de D+)
La nature est bien faite ! Après le gros coup de chaleur d’hier, cette troisième étape entre Valle d’Alesani et Pianello (14,4 km et 846 m de D+) nous a permis de progresser une bonne partie de la journée dans l’agréable fraîcheur des sous-bois, à l’ombre des châtaigniers…
Nous sommes en Castagniccia, une région qui porte bien son nom : le châtaignier y règne depuis des siècles et a profondément marqué les paysages comme la vie des habitants. Beaucoup de ces arbres sont multiséculaires et semblent avoir toujours été là, gardiens silencieux des vieux chemins et des villages.
Certains châtaigniers semblent même tout droit sortis du Seigneur des Anneaux. Troncs creux, silhouettes tourmentées, branches noueuses… On ne serait pas surpris de les voir s’animer à notre passage. Celui-ci avait vraiment des allures d’Ent corse !
Le soir, au gîte communal de Pianello, Alexandre nous propose au dîner une recette traditionnelle corse : un plat de lasagnes au brocciu ! Un délice, propre à rasassier les randonneurs affamés que nous sommes. Et la nuit tombe doucement sur ce village isolé du Mare a Mare où nous nous endormons en toute quiétude.
Mardi 8 septembre 2026
4ème étape : Pianello – Mazzola – Alzi – Alando – Sermano (13,6 km et 680 m de D+)
Nous ne sommes plus seuls sur le Mare a Mare Nord. Au quatrième jour de notre randonnée, nous avons rencontré deux autres marcheurs : Laurent (le Tourangeau) et Laurence (la Lorraine). L’événement méritait d’être signalé ! Et nous prenons une photo de nos nouveaux compagnons de voyage.
Rien à voir avec le GR 20 — que j’avais parcouru en 2018 — et qui accueille chaque saison quelque 20 000 randonneurs ! Ici, pas de balises rouges et blanches : sur le Mare a Mare, ce sont les marques orange qui nous montrent le chemin. Et l’ambiance est toute autre. Le sentier relie de petits villages et des hameaux perdus dans la montagne, traverse forêts et maquis, avec parfois l’impression d’être au bout du monde.
Et tout là-haut, le Monte d’Oro avec son sommet pointu caractéristique culminant à 2 389 m, veille sur nous. Le GR20 n’est finalement jamais très loin…
Mercredi 9 septembre 2026
5ème étape : Sermano – Castellare-di-Mercurio – Santa-Lucia-di-Mercurio – Corte (17,6 km et 680 m de D+)
Depuis cinq jours, nous traversons une Corse de villages, de hameaux isolés, de forêts et de montagnes. Mais arriver à Corte, c’est entrer dans une autre dimension de l’île : celle de son histoire et de son identité.
Perchée au confluent du Tavignano et de la Restonica, Corte est la seule ville de Corse à posséder une citadelle à l’intérieur des terres. Mais elle fut surtout, au XVIIIe siècle, le cœur de la Corse indépendante.
C’est ici qu’en 1755 Pascal Paoli installa son gouvernement. Dix ans plus tard, Corte accueillait l’Université et devenait le symbole d’une Corse qui entendait décider elle-même de son destin. L’expérience fut brève : en 1769, après la défaite de Ponte Novu, la Corse passa sous domination française.
Plus de deux siècles plus tard, lorsque l’Université de Corse rouvrit ses portes en 1981, ce fut encore à Corte.
Difficile donc de traverser cette ville entourée de montagnes sans ressentir quelque chose de particulier. Au milieu de l’île, Corte n’est pas seulement un carrefour géographique. Elle reste l’un des lieux où bat le cœur de l’identité corse.
Jeudi 10 septembre 2026
6ème étape : Corte – Ponte di U Russulinu – Refuge A Sega (14,3 km et 820 m de D+)
Laissant derrière nous la citadelle de Corte, nous progressons toujours vers l’ouest. Le sentier s’enfonce progressivement dans les gorges du Tavignanu et remonte la rivière vers le refuge d’A Sega. Une vraie étape de montagne qui nous fait découvrir un décor beaucoup plus sauvage que les jours précédents.
Mais difficile d’oublier ce qui s’est passé ici cet été. Le 22 juillet dernier, un incendie a parcouru une partie de la vallée du Tavignanu. Le sentier que nous avons emprunté aujourd’hui avait alors été fermé et le feu a poursuivi sa progression vers A Sega.
Moins de deux mois plus tard, les traces sont partout. Des versants noircis, des troncs calcinés, des arbres qui ne reverdiront pas. Marcher au milieu de cette forêt brûlée est un spectacle désolant.
Mais la montagne est toujours là. Le Tavignanu coule au fond des gorges, formant de magnifiques vasques, les parois rocheuses se resserrent, les sommets nous entourent. Et peu à peu, nous retrouvons une végétation épargnée par les flammes avant de rejoindre le refuge A Sega, à 1 166 m d’altitude.
Paradoxalement, malgré les cicatrices laissées par le feu, c’est peut-être la plus belle étape depuis notre départ.
Vendredi 11 septembre 2026
7ème étape : Refuge A Sega – Bocca a L’Arinella – Lac de Calacuccia – Castellacce – Albertacce (13,8 km, 570 m de D+ et 820 m de D−)
Aujourd’hui, le Mare a Mare Nord nous a fait franchir un nouveau cap. Partis tôt le matin du refuge d’A Sega, nous avons poursuivi notre marche vers l’ouest jusqu’à la Bocca a l’Arinella (1 592 m), point culminant de notre traversée. Après sept jours de marche, nous voici désormais de l’autre côté des montagnes.
Une fois passé le col, le paysage change. Devant nous s’ouvre le Niolu, vaste vallée de montagne entourée des plus hauts sommets de Corse, avec le lac de Calacuccia en contrebas. C’est une autre Corse, plus minérale, plus pastorale, dominée par les grandes silhouettes du massif du Cinto. Puis il a fallu redescendre… longtemps ! 820 mètres de dénivelé négatif jusqu’à Albertacce, sur un sentier difficile qui aura fini par me rappeler que, décidément, je préfère monter que descendre !
Après cette septième étape, la Méditerranée occidentale est encore loin, mais aujourd’hui, au sommet de l’Arinella, nous avons vraiment eu le sentiment d’être passés de l’autre côté de l’île.
Samedi 12 septembre 2026
8ème étape : Albertacce – Bergeries de Radule – Castel de Vergio 16,5 km et 840 m de D+),
Avec cette huitième étape, nous poursuivons notre traversée de la Corse vers l’ouest. Ce matin, nous avons quitté Albertacce pour remonter progressivement vers le col de Vergio (1 477 m), à travers l’un des plus beaux paysages de montagne du Niolu. Au fond de la vallée coule le Golo, le plus long fleuve de Corse. Il prend sa source à 1 991 mètres d’altitude au sud de la Paglia Orba, surnommée la reine des montagnes corses.
Ici, l’eau est partout. Ruisseaux, torrents, vasques et cascades accompagnent le sentier, tandis que nous pénétrons dans la splendide forêt de Valdu Niellu, dominée par les immenses pins laricio.
Plus haut, non loin des bergeries de Radule, notre Mare a Mare Nord croise pour quelques kilomètres le GR20. Changement d’ambiance garanti ! Après plusieurs jours quasiment seuls sur les sentiers, nous retrouvons l’un des itinéraires les plus fréquentés de Corse, où il faut souvent avancer en file indienne.
La mer n’est pas encore là, mais chaque jour nous en rapproche un peu plus.
Dimanche 13 septembre 2026
9ème étape : Castel de Vergio – Ponticelli – Evisa – Polloneta – Marignana (16,9 km et 410 m de D+)
Cette neuvième étape de notre traversée de la Corse nous a d’abord fait rejoindre le col de Vergio, le plus haut col routier de Corse, bien connu des cyclistes qui parcourent la GT 20. Le Mare a Mare Nord entame ensuite une très longue descente (plus de 1000 m de D-) à travers la magnifique forêt d’Aïtone, entre pins laricio, torrents et rochers. Après la foule des randonneurs croisée hier sur le GR20, nous avons retrouvé le calme et de longues portions de sentier désertes.
Le chemin emprunte ensuite le sentier des châtaigniers, autrefois parcouru par les habitants d’Évisa pour rejoindre la forêt et les villages du Niolu. Plus bas, une passerelle suspendue nous permet de franchir le torrent avant de poursuivre vers Évisa puis Marignana.
Et là, une récompense que nous attendions depuis plusieurs jours : la Méditerranée ! Au loin, entre les montagnes, apparaît enfin le golfe de Porto. Le bleu va si bien à la Corse !
Lundi 14 septembre 2026
10ème étape : Marignana – Refuge E Case – Cargèse (31,2 km et 1670 m de D+)
Je marche seul seul jusqu’à la mer…
Cette ultime étape du Mare a Mare Nord ne devait pas se passer ainsi. Malades pendant la nuit, Isabelle et Patrick ont dû renoncer ce matin à poursuivre la randonnée. Après neuf jours de marche ensemble, j’ai donc quitté Marignana seul, à 6 h 30, avec Cargèse pour objectif et la frontale sur la tête. Peu à peu, la lumière du jour point. Derrrière moi, le premier rayon de soleil de la journée illumine le littoral.
La Méditerranée ne semble pas loin, mais il fallait aller la chercher, cette mer ! Cette dernière étape fut une longue journée de marche à travers les derniers reliefs de la Corse occidentale, les cols, le maquis et les crêtes, avant de basculer progressivement vers le golfe de Cargèse.
Au fil des heures, plus je descendais, plus la chaleur montait. Une descente interminable : plus de 1600 m de D- ! Mes 4 litres d’eau ont disparu sans que je puisse me ravitailler en route. Jusqu’à présent, dans la montagne corse, nous avions toujours croisé sources, ruisseaux et cascades. Aujourd’hui, aucun point d’eau sur le sentier ! J’ai rêvé jusqu’à l’obsession d’une Orezza bien fraîche !
Heureusement, les jambes étaient là et, malgré la soif et la chaleur, j’ai pu aller au bout de cette dixième étape.
Je suis heureux d’être arrivé à Cargèse… mais triste de ne pas avoir pu terminer ce Mare a Mare avec Isabelle et Patrick. Mais ils vont mieux, c’est l’essentiel.
Arrivé sur le port de Cargèse, j’ai commandé une grande bouteille d’Orezza. Bien fraîche. Parfois, certains rêves – très simples – deviennent une douce réalité !
Et à Cargèse ce soir-là, comme pour nous faire ses adieux, l’Île de Beauté – la bien nommée – nous offre le magnifique spectacle d’un coucher de soleil ! Malgré cette dernière étape qu’ils n’ont pu faire, Isabelle et Patrick garde de la Corse un excellent souvenir. C’est sûr : ils reviendront !
Bilan : 10 étapes, 38 h 26 de marche, 162,8 km et 7330m de D+ (soit une moyenne quotidienne de 3 h 51 de marche, 16,28 km et 733 m de D+ et une allure moyenne de 4,24 km/h)
(À noter que les horaires indiqués ne tiennent pas compte des temps de pause)
